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Burkina Faso : l’avocate Ini Doli emprisonnée pour ses publications sur les réseaux sociaux

Condamnation d’une figure de la défense des droits humains

L’avocate et défenseure des droits humains, Maître Ini Benjamine Esther Doli, fait face à une lourde sentence au Burkina Faso. Le 10 novembre 2025, le tribunal de grande instance de Ouagadougou l’a jugée coupable d’« outrage au chef de l’État » et d’« entreprise de démoralisation des forces armées » lors d’une audience tenue à huis clos. Cette condamnation, qui inclut une peine d’un an de prison ferme et une amende de 1 000 000 de francs CFA (environ 1525 euros), fait suite à des propos qu’elle a tenus sur son compte Facebook.

Maître Doli, qui a fait appel de ce jugement, a cependant été acquittée de l’accusation de « trahison », le procureur ayant jugé cette infraction non constituée. Elle demeure actuellement incarcérée dans le quartier des femmes de la prison civile de Ouagadougou, où elle peut recevoir la visite de ses avocats et de sa famille, et a accès aux soins médicaux.

Un enlèvement précédant les poursuites judiciaires

Cette affaire judiciaire a débuté par un enlèvement. Dans la nuit du 31 août au 1er septembre 2025, aux alentours de 1h30 du matin, des individus armés se présentant comme membres de la gendarmerie nationale ont appréhendé Me Doli à son domicile de Ouagadougou. Cet événement s’est produit peu de temps après son retour d’un voyage à l’étranger.

Juste avant son enlèvement, elle avait partagé une publication sur Facebook critiquant la situation actuelle dans le pays : « Feu Thomas SANKARA a fait sa révolution mais nous n’avions rien vu de tout ce qui se passe horriblement aujourd’hui ! Lui au moins, il avait créé des tribunaux populaires pour juger les personnes soupçonnées d’avoir commis des infractions mais ne se substituait pas à la justice pour faire du n’importe quoi et brutaliser son peuple ».

Une voix critique réduite au silence

Ancienne substitute du Procureur du Faso et ex-Commissaire du gouvernement, Maître Doli est inscrite au barreau du Burkina Faso depuis juillet 2024. Elle utilisait activement les réseaux sociaux pour dénoncer les violations des droits fondamentaux, notamment la liberté d’expression. Elle mettait en lumière les cas d’intimidation, de séquestration et d’enlèvement de citoyens, en particulier ceux qui luttent pour la justice.

Elle critiquait également les failles du système judiciaire burkinabè, soulignant les entraves à l’indépendance de la magistrature et la nécessité de protéger les défenseurs des droits humains. Une de ses publications dénonçait l’usage des armes « achetées par l’argent du contribuable pour intimider un peuple, le museler totalement, l’enlever, le séquestrer et par-dessus tout, d’empêcher la justice de faire librement son travail. Quelle terreur inouïe ! »

Un contexte de répression généralisée

Le cas de Maître Doli s’inscrit dans un climat de répression croissante contre la société civile au Burkina Faso. D’autres figures engagées ont subi un sort similaire. L’avocat Guy Hervé Kam, cofondateur du Balai citoyen, est détenu arbitrairement depuis son arrestation en janvier 2024 pour « complot et association de malfaiteurs ».

Plusieurs autres militants et journalistes ont été victimes d’enlèvements et de disparitions forcées. Si certains, comme Amadou Sawadogo, Boukary Ouoba, Luc Pagbeguem et Guezouma Sanogo, ont été libérés, le sort de Miphal Ousmane Lankoandé, enlevé en mars 2025, et du journaliste d’investigation Atiana Serge Oulon, disparu depuis juin 2024, reste inconnu.

Cette condamnation est perçue comme une mesure punitive visant à sanctionner l’engagement de Me Ini Benjamine Esther Doli en faveur des droits humains et son exercice de la liberté d’opinion. Les appels se multiplient pour sa libération immédiate et inconditionnelle, ainsi que pour la fin du harcèlement judiciaire contre tous les défenseurs des droits humains au Burkina Faso. Il est crucial que les autorités garantissent les libertés fondamentales, telles que la liberté d’expression et d’association, conformément aux engagements internationaux du pays.

Burkina Faso : l’avocate Ini Doli emprisonnée pour ses publications sur les réseaux sociaux
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