classement corruption pays : l’afrique francophone en difficulté
Transparency International publie son indice de perception de la corruption 2025, qui évalue le niveau perçu de corruption dans le secteur public de 182 pays à travers le monde. Les résultats révèlent une aggravation de la situation, y compris dans les démocraties établies.
Méthodologie de l’indice de perception de la corruption
La corruption étant une pratique illégale et dissimulée, elle est difficile à mesurer directement. Transparency International évalue donc la perception de la corruption dans chaque pays, en croisant des données de 13 sources externes : Banque mondiale, Forum économique mondial, sociétés privées de conseil, groupes de réflexion et autres organismes.
L’indice attribue des points aux pays en fonction de plusieurs critères : taux de poursuites judiciaires contre des fonctionnaires corrompus, détournement de fonds publics, qualité de la protection des lanceurs d’alerte, etc. Les pays sont ensuite classés selon leur score global.
Parmi les 182 pays analysés, le Danemark arrive en tête avec 89 points, tandis que le Soudan du Sud et la Somalie ferment la marche avec seulement 9 points chacun.
L’Afrique subsaharienne en tête des régions les plus corrompues
L’Afrique subsaharienne affiche la moyenne la plus faible du monde, avec un score de 32/100. Seuls quatre pays dépassent la barre des 50/100 : les Seychelles, le Cap-Vert, le Rwanda et le Botswana. Aucun pays francophone n’apparaît parmi ces mieux classés.
En Afrique de l’Ouest francophone, la moyenne s’élève à 34,2/100. Le Sénégal, le Bénin et la Côte d’Ivoire se distinguent grâce à des réformes administratives, tandis que la Guinée est pointée du doigt pour ses faiblesses institutionnelles et un espace civique très contrôlé.
Le Sahel : une région particulièrement vulnérable
Dans la zone sahélienne, les pays francophones présentent des scores préoccupants. Les environnements sécuritaires et politiques tendus, ainsi que des institutions affaiblies, favorisent la corruption. Le Burkina Faso, bien que meilleur élève de la région avec 40 points, reste en dessous de la moyenne de 50/100. Le Niger (31), le Mali (28) et le Tchad (22) affichent des résultats encore plus faibles.
Afrique centrale : une situation critique
En Afrique centrale francophone, la note moyenne est en baisse, en raison des conflits persistants, notamment dans l’est de la République démocratique du Congo (20/100), où l’État ne contrôle plus certaines zones aux mains de groupes armés. Le Burundi (17) figure également parmi les pays les moins bien classés. Le Rwanda, avec 58 points, fait figure d’exception sur le continent.
À noter : aucun pays d’Afrique francophone n’atteint les 70 points, seuil considéré comme le début de la zone d’« intégrité élevée » par Transparency International.
L’Europe : des démocraties en recul
À titre de comparaison, l’Allemagne se classe dixième mondiale avec 77 points, devançant la France (66/100) de 27 places. François Valérian, président de Transparency International, souligne que de nombreux pays, y compris en Europe, manquent d’appliquer leurs lois anti-corruption et de renforcer l’indépendance de leurs institutions.
Il explique : « Nous disposons de lois et d’organismes anti-corruption, mais leur application reste insuffisante. Les organes de contrôle manquent d’indépendance et de ressources. »
Il ajoute : « Certains gouvernements, notamment ceux du Nord, estiment avoir déjà suffisamment agi contre la corruption, mais la réalité montre que les efforts doivent être poursuivis. »
Renforcer l’indépendance de la justice pour lutter contre la corruption
Transparency International met en garde : les démocraties, traditionnellement plus efficaces dans la lutte contre la corruption, connaissent une baisse inquiétante de leurs performances. Cette tendance touche aussi bien les États-Unis que plusieurs pays européens.
François Valérian insiste sur la nécessité d’un système judiciaire indépendant, à l’abri des pressions politiques et privées, doté de moyens suffisants pour remplir sa mission. Il salue l’adoption récente par l’UE de sa première directive anti-corruption, visant à harmoniser les lois pénales sur le sujet, tout en reconnaissant que les résultats prendront du temps.