Une intensification des vérifications administratives dans la capitale
Les patrouilles policières ciblant les ressortissants étrangers se multiplient à Dakar et sa banlieue. En l’espace de huit jours, 490 personnes de nationalités variées ont été contrôlées par les forces de l’ordre. Parmi elles, 36 ont été déférées au parquet pour séjour irrégulier, selon les dernières données disponibles.
Cette campagne de vérification, menée par la Direction de la police des étrangers et des titres de voyage (DPETV), s’inscrit dans un cadre officiellement dédié au renforcement de la sécurité des personnes et des biens. Pourtant, ces opérations suscitent des interrogations croissantes au sein de la société civile et parmi les communautés étrangères installées au Sénégal.
Le récit d’un étudiant confronté à une procédure inhabituelle
Amadou Bangoura, étudiant béninois de 30 ans installé au Sénégal depuis cinq ans, a vécu une situation qui illustre les tensions générées par ces contrôles. Alors qu’il quittait une salle de sport du quartier Liberté 6 aux alentours de 22 heures, une patrouille l’a interpellé et lui a demandé ses papiers. Ne les ayant pas sur lui, il a craint le pire : « retour au pays, emprisonnement, présentation devant le procureur… toutes ces questions m’ont traversé l’esprit », raconte-t-il.
Après vérification à son domicile, ses documents se sont révélés en règle. Pourtant, cette expérience a marqué un tournant dans son quotidien. Ce n’est pas un cas isolé : depuis plusieurs semaines, les interpellations se multiplient, même pour des étrangers en situation régulière.
La société civile dénonce une logique de suspicion généralisée
Plusieurs organisations de la société civile, dont Legs Africa, Frapp, Nawle, Afrikajom Center et Diwan Citoyen, ont publié un communiqué conjoint le 13 juillet pour alerter sur cette évolution. Si elles reconnaissent le droit souverain du Sénégal à contrôler ses frontières et à réguler l’immigration, elles s’inquiètent d’une banalisation de la suspicion envers les étrangers.
Pour ces associations, « la souveraineté ne doit pas rimer avec arbitraire ». Leur crainte ? Que l’étranger ne soit plus perçu comme une personne titulaire de droits, mais comme un risque administratif permanent. Une telle approche, selon elles, pourrait transformer un séjour régulier en une succession d’épreuves bureaucratiques, au mépris de l’hospitalité traditionnelle du pays.
Sécurité et hospitalité : un équilibre à retrouver
Elimane Kane, président de Legs Africa, souligne que les opérations de contrôle ne doivent pas être interprétées comme une politique de rejet. « La sécurité n’exclut pas l’altérité », rappelle-t-il, insistant sur la nécessité d’une meilleure coordination entre les forces de sécurité pour éviter que ces mesures ne soient perçues comme des persécutions.
Il met également en lumière un paradoxe : « Tout comme les Sénégalais partent travailler à l’étranger, les étrangers ont le droit de venir ici et d’y exercer une activité professionnelle ». Pour lui, la solution ne réside pas dans la stigmatisation des migrants, mais dans la création d’opportunités pour les jeunes Sénégalais afin qu’ils puissent saisir les chances offertes sur leur propre territoire.
Une politique migratoire sous le feu des critiques
Les chiffres officiels révèlent l’ampleur de cette campagne : entre le 30 juin et le 8 juillet, les interventions de la DPETV ont concerné plusieurs quartiers dakarois. Près de 500 étrangers ont été vérifiés, et 36 ont été présentés devant la justice pour irrégularité de séjour.
Cette politique interroge : faut-il sacrifier l’image d’hospitalité du Sénégal au nom d’une sécurité renforcée ? Les associations appellent à un dialogue pour concilier les impératifs sécuritaires avec le respect des droits fondamentaux des étrangers.
Alors que les débats s’intensifient, une question reste en suspens : comment garantir la sécurité des populations sans basculer dans une logique de suspicion systématique envers ceux qui contribuent, par leur présence, à la richesse humaine et économique du pays ?