En Côte d’Ivoire, la jeunesse n’est plus perçue comme un simple défi sécuritaire ou le reflet des crises passées. Les chiffres officiels révèlent une transformation profonde des politiques publiques, désormais centrées sur l’autonomisation et l’insertion professionnelle des jeunes. Après des années marquées par les séquelles des tensions post-électorales, Abidjan et ses régions voisines voient émerger une nouvelle dynamique, où l’éducation, l’entrepreneuriat et l’accès à l’emploi deviennent les piliers d’une stratégie ambitieuse.
Avec près de 70 % de sa population âgée de moins de 35 ans, la Côte d’Ivoire dispose d’un levier démographique exceptionnel. Pourtant, cette jeunesse, longtemps associée à des groupes marginaux comme les « microbes », incarnait aussi les lacunes d’un système éducatif et économique en crise. Les universités, fermées pendant deux ans après les violences de 2010-2011, nécessitaient une rénovation urgente. Le gouvernement a ainsi investi 100 milliards de francs CFA pour remettre à niveau les établissements d’Abidjan et du centre du pays, jetant les bases d’une reprise progressive.
L’emploi des jeunes : un paradoxe ivoirien
Malgré un taux de chômage officiel inférieur à 3 %, selon la Banque mondiale, les données cachent une réalité plus complexe. Près de 80 % des chômeurs ont entre 25 et 34 ans, soulignant l’écart entre les diplômes obtenus et les opportunités professionnelles. Cette situation a poussé les autorités à revoir leur approche, en misant sur des programmes ciblés plutôt que sur des solutions purement sécuritaires.
En 2023, l’État a franchi une étape décisive en déclarant cette année « année de la jeunesse ». Cette mobilisation s’est concrétisée par le lancement du Programme Jeunesse du gouvernement (PJGOUV), doté d’un budget colossal de 1 118 milliards de francs CFA pour la période 2023-2025. Les résultats de 2024 sont éloquents : 4,7 millions de jeunes ont été sensibilisés, plus d’une centaine de centres de formation construits ou rénovés, et 1,5 million d’opportunités d’emploi créées.
L’Agence Emploi Jeunes, fer de lance de l’insertion
Créée en 2015, l’Agence Emploi Jeunes joue un rôle clé dans cette stratégie. Elle accompagne les jeunes vers l’emploi et encourage l’entrepreneuriat via des financements allant de 100 000 à 25 millions de francs CFA. Herman Nikoué, administrateur adjoint de l’agence, souligne l’importance d’un futur fonds de garantie dédié aux jeunes entrepreneurs, une mesure destinée à renforcer leur accès au crédit et à pérenniser leurs projets.
Carte Jeunes : un levier d’inclusion économique
Depuis 2025, la Carte Jeunes cible les 15-40 ans et leur offre des réductions chez plus de 150 partenaires. Leila Dosso, coordinatrice du projet, indique que plus de 174 000 jeunes se sont inscrits, avec plus de 69 000 cartes déjà activées. Cette initiative vise à faciliter l’accès aux biens et services essentiels, tout en stimulant la consommation et l’activité économique locale.
Service civique : éduquer pour mieux intégrer
Lancé en 2016, le service civique complète cette politique en transmettant aux jeunes les valeurs de discipline, de solidarité et de responsabilité. Bien que le dispositif reste limité en nombre de bénéficiaires, les autorités ambitionnent d’atteindre 31 000 jeunes par an, avec une extension progressive hors de l’agglomération abidjanaise. L’objectif ? Garantir une couverture nationale et renforcer l’engagement citoyen, surtout dans les zones rurales.
Cette évolution marque un tournant : la Côte d’Ivoire passe d’une gestion réactive des problèmes de jeunesse à une politique proactive, axée sur le capital humain. Emploi, formation, entrepreneuriat et inclusion sociale forment désormais le socle d’une stratégie globale. Reste à concrétiser ces efforts en emplois durables et en autonomie économique, pour faire de cette jeunesse un moteur incontestable du développement national.