Trois ans après le putsch au Niger : une relation toujours tendue avec la Cédéao
Le Niger traverse une phase délicate dans ses relations avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) depuis le renversement du président Mohamed Bazoum en juillet 2023. Malgré les sanctions initiales et les menaces d’intervention militaire, Niamey maintient une position ferme, reflétant une rupture profonde avec l’organisation régionale. Cette tension ne se limite pas au Niger, puisque le Mali et le Burkina Faso, également dirigés par des juntes militaires, ont choisi une voie similaire. Ensemble, ces trois pays ont fondé l’Alliance des États du Sahel (AES), marquant un tournant dans leurs relations avec la Cédéao. Depuis janvier 2025, leur retrait officiel de l’organisation n’a pas pour autant interrompu toute communication entre les deux blocs.
Un médiateur désigné pour relancer le dialogue
Face à cette impasse, un espoir émerge avec la nomination de Lansana Kouyaté, ancien Premier ministre guinéen, comme négociateur principal entre la Cédéao et l’AES. Lors de la dernière réunion de l’organisation, tenue à Freetown le 18 juillet 2026, la Cédéao a chargé le nouveau président de sa Commission, le Sénégalais Birame Diop, de prioriser les discussions sur la sécurité régionale. Pape Ibrahima Kane, spécialiste des organisations internationales, souligne que cette dynamique est prometteuse : « Les deux parties sont sur la même longueur d’onde pour engager un dialogue constructif. » Une avancée significative, d’autant que le Niger dépend du Nigeria et du Bénin pour son approvisionnement électrique et son accès au port de Cotonou. Le médiateur devrait examiner ces enjeux cruciaux dans ses négociations.
Des changements politiques propices à la détente
Plusieurs évolutions récentes pourraient faciliter un réchauffement des relations. La présidence tournante de la Cédéao, assurée désormais par Bassirou Diomaye Faye, a déjà démontré sa volonté de rétablir le dialogue avec les pays de l’AES. Dès mai 2024, peu après son élection, le président sénégalais s’est rendu dans ces capitales. Une démarche reprise par Romuald Wadagni, nouveau président du Bénin, qui a choisi de visiter Niamey en premier après son investiture. Ces initiatives contrastent avec les positions plus rigides de ses prédécesseurs, comme Alassane Ouattara ou Macky Sall. Pape Ibrahima Kane note : « Ces dirigeants apportent une approche nouvelle, moins marquée par les anciennes tensions. »
Un retour à l’ordre constitutionnel au cœur des discussions
Sahanine Mahamadou, conseiller spécial de Mohamed Bazoum, insiste sur l’urgence d’un retour à l’ordre constitutionnel. Pour lui, « un vrai patriote ne peut ignorer l’évolution du monde : il est temps de laisser place aux civils. » Cette position s’appuie sur des condamnations internationales, comme la résolution du Parlement européen de mars dernier, qui a dénoncé la détention de Mohamed Bazoum et de son épouse. Niamey a rejeté ces critiques, les qualifiant d’ingérence. Pourtant, le président déchu n’a toujours pas signé sa lettre de démission, laissant planer une incertitude sur son avenir politique.
L’Europe face à un dilemme : dialogue ou principes ?
Jérôme Pigné, expert en sécurité au Sahel, soulève une question complexe : comment concilier les valeurs européennes avec la nécessité de maintenir un dialogue avec Niamey ? « La détention de Mohamed Bazoum est un obstacle majeur, mais l’UE doit clarifier ses priorités : privilégier la realpolitik ou ses principes ? » Le Niger, partenaire historique de l’Union européenne, voit ses relations repensées. Une étude de la fondation allemande SWP propose un soutien élargi aux juntes militaires pour stabiliser la région, incluant aide militaire, formation des forces de sécurité et coopération économique. L’objectif : éviter une rupture totale tout en maintenant une pression pour le respect des droits humains et un retour à la gouvernance civile.
Alors que les négociations entre la Cédéao et l’AES se poursuivent, une question reste en suspens : le Niger parviendra-t-il à concilier souveraineté nationale et réintégration régionale ? Les prochains mois seront déterminants pour l’avenir de ce pays d’Afrique de l’Ouest.