Conférence de l’IAJP : quand Mgr Houngbédji analyse la gouvernance et l’avenir du Bénin
L’Institut des artisans de justice et de paix (IAJP) a organisé, à Cotonou, une conférence d’envergure dédiée aux enjeux cruciaux de la gouvernance et de l’alternance politique en Afrique. Sous le thème « État de droit et alternance politique en Afrique : un vrai enjeu de stabilité et de développement », l’événement a réuni, en juillet, des figures religieuses, des décideurs politiques et des acteurs sociaux autour d’un débat essentiel pour l’avenir du continent.
L’État de droit et l’alternance politique, piliers d’une Afrique stable
Dès les premiers mots de son discours, Mgr Roger Houngbédji, archevêque de Cotonou et président de la Conférence Épiscopale du Bénin, a rappelé un constat sans appel : le développement d’une nation ne se mesure pas uniquement à l’aune de sa richesse économique, mais aussi, et surtout, à la robustesse de ses institutions. Pour lui, l’État de droit, une gouvernance transparente et une justice indépendante constituent les fondements indispensables à une croissance durable et partagée.
Le Bénin, entre avancées notables et défis persistants
Pour illustrer ses propos, l’archevêque a choisi de s’appuyer sur le cas concret du Bénin. Il a salué les progrès enregistrés ces dernières années, notamment la création du Tribunal de commerce, la modernisation du droit des affaires et la mise en place de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet). Ces réformes ont permis au pays de gagner en attractivité et de se positionner favorablement dans les classements internationaux.
Cependant, Mgr Houngbédji n’a pas occulté les zones d’ombre qui subsistent. Il a pointé du doigt les débats autour du respect des libertés publiques, de l’indépendance de la justice et de la consolidation démocratique, rappelant que les indicateurs économiques, aussi positifs soient-ils, ne sauraient à eux seuls garantir une société apaisée et véritablement démocratique.
Placer l’humain au cœur des politiques publiques
S’appuyant sur la Doctrine Sociale de l’Église catholique, le prélat a défendu l’idée d’un développement humain intégral. Pour lui, il est impératif que les politiques publiques dépassent les logiques purement financières pour se concentrer sur l’amélioration concrète du quotidien des citoyens. Cela passe par la garantie de la justice sociale, le respect de la dignité humaine et la préservation d’un équilibre durable entre croissance économique et bien-être collectif.
L’Église, acteur clé de paix et de dialogue
Mgr Houngbédji a également mis en lumière le rôle historique de médiateur joué par l’Église au Bénin. Il a évoqué son implication lors de la crise post-électorale de 2019 et ses interventions constantes pour promouvoir le dialogue avant les élections générales de 2026. Sans chercher à empiéter sur les prérogatives des institutions républicaines, l’Église s’attache à faciliter la réconciliation et à préserver la cohésion nationale, contribuant ainsi à la stabilité du pays.
Un appel à concilier efficacité et valeurs fondamentales
En clôture de son intervention, Mgr Houngbédji a lancé un appel solennel aux dirigeants africains. Pour lui, le succès du développement du continent repose sur un équilibre délicat entre efficacité économique, justice autonome, pluralisme politique et respect des droits fondamentaux. Une vision où l’humain, dans toute sa dimension, reste l’étalon ultime de toute ambition collective.