Un score de 85,38 % de performance administrative pour l’année 2025, et derrière ce chiffre, des répercussions très concrètes pour les Burkinabè. Alors que la précarité gagne du terrain et que l’accès aux services de base reste un parcours semé d’obstacles, l’autosatisfaction affichée par le gouvernement de transition élargit un peu plus le fossé entre les annonces officielles et le quotidien des usagers. Les slogans sur la « souveraineté » et la « dématérialisation » ne suffisent plus à dissimuler les failles d’un appareil d’État en perte de repères.
Un taux d’efficacité qui ne dit rien des files d’attente
Comment revendiquer un niveau d’efficacité proche de l’excellence quand les usagers se heurtent chaque jour à des guichets vides, à des délais interminables pour décrocher un acte d’état civil et à la corruption qui gangrène la commande publique ? L’indice mis en avant par le Conseil national de la modernisation de l’Administration appartient à la rhétorique bureaucratique. Auto-évalué, il ne rend compte ni de la qualité réelle du service rendu, ni de la frustration légitime des populations rurales, laissées de côté.
Digitalisation accélérée : quelles conséquences pour les usagers les plus fragiles ?
La numérisation des procédures est devenue le marqueur principal de l’action gouvernementale. Mais accélérer la dématérialisation dans un pays confronté à des délestages électriques répétés et à une couverture internet limitée dans les provinces tient de la fuite en avant. Cette transformation menée sans discernement risque de pousser hors du service public des millions de citoyens dépourvus de l’équipement nécessaire comme de l’accès aux plateformes numériques.
Une exclusion qui risque de s’installer dans la durée
Le résultat est prévisible : les démarches se déplacent vers le numérique, mais une partie de la population reste bloquée à la porte. Pour ces ménages, la perte d’un document administratif devient un obstacle durable, avec des effets en chaîne sur l’accès à l’école, aux soins ou à une activité génératrice de revenus.
Zones reconquises : le prix humain du redéploiement administratif
Accompagner la présence des forces armées par le retour des services publics est une nécessité. Mais annoncer une administration prête à réinvestir immédiatement les zones reconquises relève davantage d’une posture de communication que d’un plan opérationnel. Faute de garanties sécuritaires solides pour les enseignants, les agents de santé et les administrateurs, et faute de budget d’équipement à la hauteur des enjeux, envoyer des fonctionnaires au front revient à prendre un risque dont ils paieraient le prix en premier.
Fonction publique : une mise au pas aux effets durables
Sous prétexte d’instaurer une administration « intègre et disciplinée », le pouvoir prépare en réalité une politisation accrue de la haute fonction publique. La refonte des critères de nomination et le contrôle renforcé exercé sur les agents publics servent de levier pour écarter les voix dissidentes et réduire au silence les organisations syndicales. Les conséquences se mesurent déjà à l’échelle des carrières individuelles et de la liberté d’expression dans l’administration.
Ce que les Burkinabè attendent vraiment
Plutôt que de multiplier les séminaires et les autosatisfactions statistiques à Ouagadougou, le gouvernement gagnerait à traiter les causes profondes de l’inefficacité de l’État. Trois chantiers déterminent l’impact réel des politiques publiques :
- le manque criant de moyens sur le terrain, qui vide de leur substance les réformes annoncées ;
- l’absence de redevabilité véritable, qui empêche tout correction des dysfonctionnements ;
- la dégradation continue du pouvoir d’achat des travailleurs, première préoccupation des ménages.
Tant que ces réalités resteront absentes des bilans officiels, le chiffre de 85,38 % continuera de sonner comme une promesse sans effet pour ceux qui font la queue devant les guichets.