Avec une dette publique désormais fixée à 15 607 milliards de francs CFA, le Cameroun franchit un seuil symbolique qui masque des mécanismes financiers complexes et des enjeux économiques majeurs.
Derrière ce chiffre record se cachent des choix budgétaires audacieux, une stratégie d’emprunt variée et une dépendance accrue aux financements extérieurs. Mais jusqu’où le pays peut-il encore s’endetter sans fragiliser sa stabilité financière ?
Un endettement en pleine accélération : ce que révèlent les chiffres de la CAA
En seulement un an, la dette publique camerounaise a bondi de 14 409 à 15 607 milliards de francs CFA, atteignant 44,2 % du PIB à la mi-2026. Une progression fulgurante qui reflète une politique d’investissement volontariste, mais aussi une gestion budgétaire sous pression.
La Caisse autonome d’amortissement (CAA) précise que cette hausse résulte en partie de nouveaux emprunts contractés dès le premier semestre, dans un contexte où les besoins de financement restent colossaux. Entre projets d’infrastructure, remboursements de dettes antérieures et couverture du déficit budgétaire, l’État a dû recourir à des leviers multiples.
Des mécanismes d’emprunt multiples et des montants encore flous
En janvier 2026, l’exécutif a autorisé un plafond d’emprunt de 1 650 milliards de francs CFA, structuré en trois volets :
- 400 milliards via l’émission de titres du Trésor sur le marché intérieur
- 250 milliards via des prêts directs auprès d’institutions financières locales
- 1 000 milliards levés sur les marchés internationaux
Pourtant, ces montants ne correspondent pas à des fonds déjà mobilisés. Au 30 juin 2026, seuls 800,7 milliards de francs CFA avaient été effectivement levés sur le marché domestique, tandis que 514 milliards de nouveaux engagements de dette étaient enregistrés depuis le début de l’année.
Des projets phares financés à coups d’emprunts ciblés
Parmi les opérations les plus significatives, un prêt de 130,4 milliards de francs CFA a été contracté pour la construction de la route Ebolowa-Akom II-Kribi, avec le soutien de la Standard Chartered Bank et de UK Export Finance. Un prêt commercial complémentaire de 7,8 milliards a été ajouté pour ce même projet.
Autres accords majeurs :
- Un financement de 347,5 millions d’euros (228 milliards de francs CFA) de la Banque mondiale pour le corridor économique Douala-Bangui
- Un engagement de 212,35 millions d’euros (139 milliards de francs CFA) pour la réhabilitation de la route Douala-Bafoussam
Ces deux derniers contrats, représentant à eux seuls près de 367 milliards de francs CFA, illustrent la priorité donnée aux infrastructures, malgré un contexte de dette déjà élevée.
Un budget 2026 sous perfusion : 3 104 milliards de francs CFA à emprunter
Le budget national pour 2026, fixé à 8 816 milliards de francs CFA, prévoit 3 104 milliards pour les emprunts et besoins de financement. Cette enveloppe couvre le déficit budgétaire, le service de la dette (1 059 milliards déjà versés au premier semestre) et d’autres engagements financiers.
Une stratégie risquée, alors que le remboursement des dettes contractées pèse déjà lourdement sur les finances publiques.
FMI : un diagnostic alarmant et des recommandations qui en disent long
À l’issue d’une mission en septembre 2026, le Fonds monétaire international a tiré la sonnette d’alarme. Son diagnostic est sans équivoque : le Cameroun présente un risque global élevé de surendettement, même si la dette reste viable à moyen terme.
Le FMI recommande une rigueur budgétaire accrue, une meilleure mobilisation des recettes locales et un recours prioritaire aux financements concessionnels. En cause : des tensions de liquidité croissantes et une dépendance dangereuse aux emprunts commerciaux, jugés plus coûteux et moins stables.
En 2026, le Cameroun doit donc concilier deux impératifs contradictoires : poursuivre ses grands projets de développement tout en évitant l’asphyxie financière. Une équation complexe où chaque franc emprunté pourrait peser lourdement sur les générations futures.