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Exactions des armées au Sahel : l’ONU alerte sur les violations des droits humains

Les armées du Sahel, engagées dans une lutte acharnée contre les groupes jihadistes, font face à une montée alarmante d’accusations d’exactions envers les populations civiles. Entre disparitions forcées, exécutions sommaires et violences arbitraires, ces pratiques remettent en cause leur légitimité et suscitent l’inquiétude croissante de la communauté internationale.

Des violences documentées par les Nations Unies

Lors d’une récente visioconférence devant le Conseil de sécurité, Jean-Pierre Lacroix, secrétaire général adjoint de l’ONU en charge des opérations de paix, a interpellé les dirigeants du G5 Sahel sur le respect des droits humains. « J’exhorte la Force conjointe du G5 Sahel et ses États membres à ne ménager aucun effort » pour garantir le respect de ces droits, a-t-il déclaré.

Les chiffres révélés par les Nations Unies sont accablants :

  • 101 exécutions extrajudiciaires attribuées à l’armée malienne entre janvier et mars.
  • Une trentaine d’autres cas imputés à l’armée nigérienne sur le territoire malien.
  • 12 détenus pour « terrorisme » morts dans des cellules de gendarmerie au Burkina Faso en mai, des proches évoquant des exécutions sommaires.
  • 102 personnes tuées par l’armée nigérienne dans la région de Tillabéri (ouest du Niger), selon des listes de disparus.

Ces données, assorties de noms et de circonstances précises, ont été compilées par la mission de l’ONU au Mali (MINUSMA).

Des accusations ciblant principalement les communautés peules

Les associations de défense des droits humains, comme Tabital Pulaaku, dénoncent une tendance inquiétante : la majorité des victimes seraient issues de la communauté peule, souvent assimilée à tort aux jihadistes. « On a beau documenter les exactions, dénoncer les disparitions et exhumer des fosses communes, rien ne change », déplore un responsable de l’association sous anonymat.

Abou Sow, président de Tabital Pulaaku, rappelle que « quelques Peuls ont rejoint le jihadisme, mais réduire ce phénomène à une seule ethnie relève de la naïveté ». Les gouvernements du Sahel défendent pourtant leurs armées, soulignant leur sous-équipement et les défis opérationnels auxquels elles font face.

Des réactions contrastées au sein du G5 Sahel

Lors de la même réunion, Ismail Ould Cheikh Ahmed, chef de la diplomatie mauritanienne, a insisté sur la nécessité de renforcer la capacité de la Force conjointe du G5 Sahel à intégrer pleinement la dimension des droits humains. « Nous adhérons pleinement aux droits humains », a renchéri Abdou Abarry, ambassadeur du Niger au Conseil de sécurité, alors que des pays comme la Belgique exprimaient des « allégations très sérieuses » concernant ces violations.

Le Conseil de sécurité a pris note des mesures annoncées par plusieurs gouvernements du Sahel pour répondre à ces allégations, tout en les encourageant à les concrétiser rapidement.

Un contexte sécuritaire toujours plus préoccupant

La multiplication des exactions survient à un moment critique pour la région. Malgré la présence de la MINUSMA (13 000 Casques bleus déployés au Mali en juin), de la force antijihadiste française et de la Force conjointe du G5 Sahel, les violences n’ont cessé de s’intensifier depuis 2012. Ces crises ont déjà causé des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés.

Pour Ibrahim Maïga, analyste à l’Institut d’études de sécurité (ISS) de Bamako, « la protection des civils reste un objectif secondaire face à la priorité absolue : neutraliser les groupes armés ». Cette vision est partagée par le général Pascal Facon, commandant de la force française au Sahel, qui qualifie les exactions de « intolérables » et souligne leur impact sur la crédibilité des armées engagées.

Vers une prise de conscience nécessaire ?

Alors que les gouvernements du Sahel justifient souvent leurs méthodes par l’urgence opérationnelle, les appels à l’action se multiplient. Les organisations de défense des droits humains exigent des enquêtes transparentes, tandis que l’ONU insiste sur l’impératif de concilier lutte antiterroriste et respect des droits fondamentaux.

Une chose est sûre : les exactions des armées du Sahel ne peuvent plus être ignorées. Leur persistance risque d’alimenter un cycle de violence difficile à briser, tout en sapant la confiance des populations locales envers les institutions chargées de les protéger.

La Fama (force armée malienne) patrouille dans le cercle d'Ansongo, région de Gao, au Mali, le 13 mars 2017.
Exactions des armées au Sahel : l’ONU alerte sur les violations des droits humains
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