Gabon : après la visite d’État, place aux réalisations concrètes

Libreville — La visite officielle du président Brice Clotaire Oligui Nguema à Paris, du 19 au 22 juillet, a marqué les esprits par son protocole soigné. Mais au-delà des cérémonies et des discours, c’est l’économie gabonaise qui était en jeu.
La délégation gabonaise, forte de plus de 80 membres dont des acteurs clés du secteur privé, a multiplié les rencontres avec des dirigeants français. L’objectif était clair : obtenir des engagements tangibles pour dynamiser l’économie locale. Désormais, une question s’impose : quelles retombées concrètes pourront en tirer les Gabonais ?
Les noms des grands patrons rencontrés ont été dévoilés progressivement, révélant l’ampleur des dossiers abordés. Parmi eux, Anne Rigail, directrice générale d’Air France, a échangé avec le chef de l’État sur l’avenir du transport aérien.
Connectivité aérienne : un accord en vue pour fly Gabon
Dès son arrivée à Paris, le président gabonais a rencontré Anne Rigail pour évoquer la coopération entre Air France et Fly Gabon. Les deux compagnies visent la signature d’un accord de partage de codes d’ici la fin de l’année. Cet arrangement permettrait à Fly Gabon de commercialiser ses propres billets vers la capitale française, renforçant ainsi la connectivité du pays.
Cependant, aucun document définitif n’a été paraphé lors de cette entrevue. Les parties doivent encore finaliser les termes de cet accord, un processus à suivre de près. Pour le Gabon, cette évolution dépasse le cadre commercial : elle conditionne l’arrivée des investisseurs, des touristes et des compétences.
Transformation locale du manganèse : un pari ambitieux
L’Élysée a également été le théâtre de discussions autour du secteur minier. Eramet et sa filiale Comilog ont présenté une feuille de route ambitieuse pour la transformation locale du manganèse. Sous l’impulsion de Christel Bories, présidente du groupe, un protocole a été établi avec les autorités gabonaises.
L’objectif ? Traiter jusqu’à 700 000 tonnes de minerai d’ici 2031. Plusieurs scénarios sont à l’étude, incluant la création d’un fonds « Fabriqué au Gabon » et le développement d’une filière de biocharbon. Il s’agit pour l’instant d’un cadre de travail, et non d’un engagement financier définitif. Les Gabonais devront patienter pour voir ces projets se concrétiser.
Booué : un projet hydroélectrique pour booster l’énergie
L’énergie constitue un autre enjeu majeur. L’État gabonais, EDF Power Solutions et Gabon Power Company ont signé un accord préliminaire pour le projet hydroélectrique de Booué, sur l’Ogooué. Ce site pourrait produire jusqu’à 400 mégawatts, répondant ainsi à une demande nationale insuffisamment couverte par les 700 mégawatts actuels.
Les partenaires se sont fixés une échéance : un accord de développement doit être finalisé d’ici le 31 octobre. Des réunions mensuelles permettront d’avancer sur ce dossier, devenu un test de crédibilité pour le gouvernement.
Le Consortium Omega, spécialisé dans les infrastructures d’eau et d’électricité, a également été reçu par le président. L’amélioration de l’accès aux réseaux figure parmi les priorités gabonaises.
Des avancées promises, mais des attentes persistantes
La communication officielle évoque plusieurs progrès dans les secteurs miniers, énergétiques et des infrastructures. Pourtant, les montants et les détails précis des engagements restent flous. Cette opacité alimente naturellement les attentes de la population.
Pour les Gabonais, les résultats ne se mesureront pas aux rencontres ou aux signatures. Ils s’évalueront à l’aune des emplois créés, de l’énergie disponible, des réseaux améliorés et de l’amélioration du niveau de vie. La visite de Paris a ouvert des pistes, mais c’est désormais l’action qui fera la différence.
Le calendrier à venir sera décisif : l’accord aérien prévu avant la fin de l’année, les décisions sur le manganèse d’ici 2031 et la finalisation du projet de Booué d’ici octobre seront scrutés avec attention. La diplomatie économique gabonaise devra prouver sa capacité à transformer les promesses en réalités concrètes.