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Gabon : les dessous du pari sur les compétences qui pourrait tout changer

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Libreville, dimanche 4 octobre 2026 – Officiellement, le Gabon veut transformer son économie en misant sur une ressource que l’on ne voit pas sur les cartes : les compétences de sa population. Mais derrière cette annonce, se cache une mécanique plus profonde. Le 2 octobre 2026, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a reçu la ministre du Commerce, des PME et des PMI, Zenaba Gninga Chaning, pour examiner plusieurs programmes dédiés à la formation, à l’insertion professionnelle et à l’accompagnement des jeunes. Première étape concrète : 400 jeunes formés à Libreville, avant une extension progressive aux neuf provinces. Un chiffre qui pourrait ressembler à un coup de communication. Pourtant, en y regardant de plus près, cette initiative révèle les véritables ressorts d’une stratégie de souveraineté économique.

Une réponse aux besoins de l’économie réelle

Le choix de mettre l’accent sur des métiers techniques et pratiques n’est pas anodin. Il traduit une volonté de rapprocher l’offre de formation des attentes des entreprises et des secteurs productifs. Les 400 premiers bénéficiaires ne sont pas simplement là pour obtenir un diplôme : ils doivent pouvoir convertir leur savoir-faire en emploi, en activité génératrice de revenus ou en création d’entreprise.

Cette approche marque une rupture avec une conception de la formation centrée uniquement sur le diplôme. Elle installe une chaîne plus exigeante : compétence, insertion, production, revenus et création de valeur.

Le dispositif annoncé prévoit d’ailleurs un accompagnement qui va au-delà de la salle de classe, avec un appui technique, des possibilités d’accès au financement et un suivi des projets. Cette articulation est cruciale. Dans de nombreuses économies africaines, le principal frein à l’entrepreneuriat ne réside pas seulement dans le manque d’idées ou de compétences, mais dans la difficulté à franchir le cap entre la qualification et la viabilité économique. En août dernier, le gouvernement avait déjà présenté un mécanisme reposant sur le triptyque « former, accompagner et financer », avec des garanties et des financements pour les jeunes porteurs de projets.

Produire plus avec des compétences nationales : l’enjeu de fond

Derrière cette politique de formation se profile une ambition plus stratégique : accroître la participation des Gabonais aux chaînes de valeur nationales.

L’objectif affiché est de soutenir les PME et PMI, de favoriser la production locale et de renforcer les capacités nationales, tout en réduisant progressivement le recours aux compétences étrangères lorsque celles-ci peuvent être développées sur place.

Cette question prend une résonance particulière dans les secteurs où le pays investit ou cherche à investir davantage : infrastructures, énergie, pétrole et gaz, numérique, industrie, services techniques ou encore transformation des matières premières. Le développement de ces activités ne dépend pas uniquement des capitaux mobilisés. Il repose aussi sur la disponibilité d’une main-d’œuvre capable d’installer, d’exploiter, de maintenir, de gérer et, à terme, d’innover.

Le signal envoyé quelques jours plus tôt à Port-Gentil allait dans la même direction. Lors d’une visite à l’Institut du pétrole et du gaz, le chef de l’État avait insisté sur la nécessité de renforcer les formations scientifiques, techniques, pétrolières, gazières et énergétiques pour répondre aux besoins croissants des entreprises et réduire la dépendance à certaines formations réalisées à l’étranger.

La cohérence entre ces différentes orientations est claire : la souveraineté économique ne se limite pas à contrôler les ressources. Elle suppose de disposer des femmes et des hommes capables de les transformer en valeur.

Des 400 premiers bénéficiaires à un changement d’échelle

La première cohorte de 400 jeunes constitue donc moins une fin qu’un test grandeur nature. Le passage annoncé de Libreville aux neuf provinces sera déterminant. Une politique nationale de compétences ne peut être efficace si elle reproduit une concentration excessive des opportunités dans la capitale.

Le défi sera également d’adapter les formations aux réalités économiques de chaque territoire. Les besoins d’un bassin pétrolier, d’une zone agricole, d’un territoire minier ou d’un pôle urbain ne sont pas identiques. L’extension provinciale devra donc être pensée comme une politique de développement territorial autant que comme une politique d’emploi.

C’est surtout l’après-formation qui permettra de mesurer la portée réelle du programme. Combien de jeunes accéderont effectivement à un emploi ? Combien créeront une activité viable ? Combien d’entreprises pourront grandir grâce aux compétences nouvellement disponibles ? Et quelle part de ces nouvelles activités contribuera effectivement à renforcer les chaînes de valeur locales ?

Ces indicateurs seront plus significatifs que le seul nombre de personnes formées.

Le Gabon ouvre ainsi un chantier moins spectaculaire que celui des infrastructures physiques, mais potentiellement tout aussi déterminant. Une route rapproche les territoires ; une centrale alimente l’économie ; un port facilite les échanges. Mais ce sont les compétences qui permettent à ces infrastructures de fonctionner, aux entreprises de se développer et aux investissements de produire durablement.

Faire du capital humain une infrastructure stratégique, c’est précisément comprendre que la transformation économique ne sera durable que lorsque les Gabonais disposeront eux-mêmes des capacités nécessaires pour la concevoir, la construire et en capter la valeur.

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