Gabon : une révolution minière pour un développement équitable

Libreville, 16 juillet 2026 – Pendant des décennies, l’exploitation minière en Afrique a surtout profité aux pays étrangers, laissant les populations locales confrontées à des infrastructures défaillantes et à une exclusion économique persistante. Le Gabon, riche en ressources naturelles, s’engage désormais dans une transformation radicale en réinvestissant une partie de sa rente minière au profit des territoires producteurs.
Une convention signée entre l’État gabonais et la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), filiale du groupe français Eramet et premier producteur mondial de manganèse à haute teneur, a instauré un mécanisme innovant. Vingt pour cent de la redevance minière proportionnelle ainsi qu’une quote-part de la taxe d’extraction des carrières sont désormais alloués au Fonds de Développement des Communautés Locales. Cette enveloppe finance des projets concrets au plus près des besoins des populations.
Cette approche marque un tournant dans la stratégie minière gabonaise. L’enjeu n’est plus seulement d’accroître les exportations ou les recettes fiscales, mais de faire des ressources naturelles un levier de cohésion territoriale et de progrès humain.
Briser le cycle de la malédiction des ressources
Depuis des années, les régions africaines riches en minerais restent fréquemment parmi les plus défavorisées du continent. Le Gabon, deuxième producteur mondial de manganèse, illustre cette contradiction : les zones minières subissent les externalités négatives de l’extraction sans toujours profiter des fruits de cette richesse.
La refonte du Code minier en 2019, puis son renforcement par un addendum signé avec Comilog en 2020, a permis de corriger cette injustice. Pour la première fois, une partie des revenus miniers est automatiquement affectée aux communautés concernées, sans dépendre des décisions budgétaires nationales. Ce modèle s’inspire des pratiques observées dans des pays comme le Botswana ou le Canada, où la légitimité des activités minières repose sur un partage équitable des bénéfices.
Une gestion collaborative des ressources
Le dispositif repose sur une gouvernance tripartite associant l’État, les collectivités locales et l’exploitant minier. Le Comité de Gestion Partenariale fixe les orientations stratégiques, tandis que le Comité de Gestion Opérationnelle supervise la mise en œuvre des projets. Cette structure garantit que les investissements répondent aux réalités locales plutôt qu’à des logiques centralisées.
Les réalisations couvrent un large éventail : infrastructures publiques, équipements collectifs, centres de santé, écoles, accès à l’eau potable, soutien à l’entrepreneuriat local et création d’emplois. Les premiers bilans sont encourageants : en 2025, vingt-six projets communautaires avaient été finalisés grâce à ces financements, représentant un investissement total de près de 8,5 milliards de francs CFA au profit d’environ 240 000 personnes vivant dans les bassins miniers.
Dans un pays de moins de trois millions d’habitants, ces chiffres illustrent le potentiel transformateur de cette initiative.
Un modèle pour l’Afrique minière
La demande mondiale en minerais stratégiques explose, portée par la transition énergétique et l’électrification des transports. Le manganèse, essentiel à la fabrication des batteries, est devenu un pilier des technologies de demain. L’Afrique centrale détient une part majeure de ces réserves, mais la véritable question est désormais : quelle fraction de cette richesse restera sur place pour financer l’éducation, la santé et la diversification économique ?
Comilog s’engage dans cette dynamique en soutenant l’entrepreneuriat local, la formation professionnelle et des activités génératrices de revenus. L’objectif est de réduire progressivement la dépendance des territoires à l’industrie extractive seule.
Si cette vision se concrétise durablement, le Gabon pourrait incarner un nouveau contrat social entre l’industrie minière, l’État et les populations. Car à l’ère contemporaine, la véritable valeur d’une mine ne se mesure plus seulement en tonnes extraites ou en dividendes, mais en écoles bâties, en entreprises créées, en emplois durables et en opportunités offertes aux générations futures. C’est sur ce terrain que se jouera la crédibilité des grandes puissances minières africaines.