L’actualité s’accélère pour Kemi Seba. Déjà affaibli par son implication présumée dans une tentative de putsch au Bénin fin 2025, le militant a été appréhendé sur le sol sud-africain. Cependant, ce sont les circonstances de cette interpellation qui provoquent la stupéfaction : le défenseur du panafricanisme radical se trouvait en compagnie d’un leader suprémaciste blanc.
Une interpellation révélatrice des nouveaux réseaux d’influence
C’est le mercredi 15 avril que les forces de l’ordre sud-africaines ont mis la main sur Kemi Seba. Il n’était pas seul lors de cette opération policière. À ses côtés se trouvait François van der Merwe, âgé de 26 ans et figure de proue des Bittereinders (« Ceux qui luttent jusqu’au bout »). Ce groupuscule, apparu en 2021, prétend protéger la minorité afrikaner face à ce qu’il qualifie de discriminations raciales. Surveillé de près par l’Agence de sécurité d’État (SSA), ce mouvement disposerait de plusieurs centaines de membres armés.
L’ombre de Moscou derrière cette alliance improbable
Comment expliquer le rapprochement entre un activiste noir radical et un militant pro-Afrikaner ? Le point de convergence se nomme la Société de l’aigle à deux têtes. Ce réseau, également connu sous l’appellation Tsargrad, est piloté par l’oligarque russe Konstantin Malofeev. Sous le coup de sanctions internationales depuis 2014 pour son soutien aux séparatistes en Ukraine, Malofeev est aussi visé par la justice américaine pour contournement de ces mêmes sanctions.
François van der Merwe s’était d’ailleurs rendu à Moscou en septembre dernier, répondant à l’invitation de l’homme d’affaires russe. Depuis ce voyage, le jeune Afrikaner bénéficie d’une couverture médiatique complaisante de la part des organes de propagande du Kremlin. Malgré ses déboires judiciaires en Afrique du Sud — notamment des arrestations pour rixe et trouble à l’ordre public — il est présenté par Moscou comme un « prisonnier politique ».
Des conséquences judiciaires lourdes pour Kemi Seba
Pour Kemi Seba, cette association marque un tournant paradoxal. Celui qui a bâti sa réputation sur la dénonciation de l’impérialisme occidental se retrouve désormais lié à une organisation dont l’idéologie est ancrée dans la préservation des structures héritées de l’Apartheid.
En s’alliant aux Bittereinders, Seba franchit une ligne rouge. Ce groupe est officiellement considéré comme une organisation terroriste en Afrique du Sud. La justice soupçonne le militant béninois d’avoir potentiellement soutenu leurs actions sur le territoire. En conséquence, les chefs d’accusation qui pèsent contre lui pourraient s’avérer bien plus sévères que les premières informations ne le laissaient supposer.