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La Côte d’Ivoire à l’assaut des champions économiques locaux pour son avenir 2030

la Côte d’Ivoire à l’assaut des champions économiques locaux pour son avenir 2030

Avec quinze années de croissance ininterrompue derrière elle, la Côte d’Ivoire accélère sa transformation économique. Objectif affiché : faire émerger des champions nationaux capables de porter le développement du pays d’ici 2030. Cosmétiques, finance digitale, énergie, transport aérien… Ces entreprises locales, désormais présentes sur plusieurs continents, incarnent cette nouvelle ambition économique.

des entreprises ivoiriennes qui rayonnent bien au-delà des frontières

Dans l’effervescence de la zone industrielle de Yopougon, à la périphérie d’Abidjan, des centaines d’ouvrières s’affairent autour de machines à embouteiller des cosmétiques à base de beurre de karité. Fodé Yattabaré, le fondateur de Kaera, se souvient de ses débuts modestes dans un petit appartement à la fin des années 2000. Aujourd’hui, son entreprise emploie 600 personnes et écoule ses produits dans une trentaine de pays, de l’Afrique de l’Ouest jusqu’à Paris et Dubaï.

« Nous bénéficions d’un écosystème favorable à l’émergence d’entrepreneurs comme nous. Cela renforce notre optimisme pour l’avenir », confie le PDG de Kaera, qui voit désormais plus grand : conquérir le marché européen. Une ambition qui s’appuie sur des années de stabilité politique et de croissance économique soutenue.

la stabilité, un atout majeur pour attirer les investisseurs

Après une décennie de crise politico-militaire (2002-2011) qui avait lourdement pesé sur son économie, la Côte d’Ivoire a retrouvé un climat de stabilité. Résultat : une croissance annuelle supérieure à 6 %, positionnant le pays parmi les locomotives de l’Afrique de l’Ouest. Régis Bamba, cofondateur de Djamo, une fintech ivoirienne lancée en 2020, confirme cet attrait :

« La Côte d’Ivoire reste l’un des pays les plus stables de la région. Son infrastructure de qualité, son environnement sécurisé et sa stabilité politique rassurent les investisseurs. Lever des fonds y est bien plus aisé qu’ailleurs. »

Djamo, qui propose une solution hybride entre banque traditionnelle et paiement mobile, compte déjà deux millions d’utilisateurs, majoritairement non bancarisés.

des champions nationaux pour entraîner l’ensemble de l’économie

Kaera, Djamo, Pétro Ivoire… Ces entreprises symbolisent cette nouvelle génération de champions nationaux appelés à jouer un rôle clé dans le plan de développement 2026-2030. Leur mission ? Servir de locomotives économiques et entraîner dans leur sillage les PME locales.

Sébastien Kadio Morokro, PDG de Pétro Ivoire, résume cette responsabilité : « Cela nous impose une exemplarité. Nous devons former, créer de la valeur et réinvestir pour stimuler l’ensemble de l’écosystème. »

« C’est à l’État de prendre l’initiative d’investir massivement pour créer ces champions nationaux. Leur rôle est de structurer, éduquer et générer de la richesse, avant de réinvestir dans l’économie réelle. »

Régis Bamba, cofondateur de Djamo

un plan ambitieux porté par l’État ivoirien

Le gouvernement ivoirien mise sur une politique volontariste pour soutenir les PME et accélérer leur transformation en champions nationaux. Souleymane Diarrassouba, ministre du Plan, explique :

« Pour devenir un champion, il faut d’abord être une jeune pousse, être accompagné, puis soutenu. C’est pourquoi nous travaillons à mettre en place des dispositifs adaptés. Notre objectif ? Voir émerger des centaines de champions nationaux dans les années à venir. »

Cette stratégie s’appuie sur des financements publics et privés colossaux. Début juillet, la Côte d’Ivoire a obtenu 80 milliards de dollars (70 milliards d’euros) de fonds internationaux pour son Plan national de développement 2026-2030 – quatre fois plus que prévu. Le secteur privé est également sollicité pour apporter près de 150 milliards de dollars (131 milliards d’euros) supplémentaires.

vers un pays à revenu intermédiaire d’ici 2030

Selon Blaise Makaye, économiste à l’université de Bouaké, cette phase marque « la dernière étape de la stratégie visant à faire de la Côte d’Ivoire un pays à revenu intermédiaire d’ici 2030 ». Pour y parvenir, le revenu brut annuel par habitant devra atteindre plus de 4 000 dollars (3 500 euros), contre 2 700 dollars (2 360 euros) aujourd’hui.

Les indicateurs macroéconomiques sont au vert : la note souveraine du pays a été relevée en décembre par l’agence Fitch (BB), malgré un secteur informel encore très présent (près de 90 % des emplois).

la digitalisation et l’intégration régionale, deux leviers de croissance

Les entrepreneurs ivoiriens plaident pour une numérisation accrue de l’économie afin de faciliter les échanges. Malgré des progrès, la bureaucratie et la corruption restent des freins majeurs. Le pays figure toujours sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) concernant le blanchiment de capitaux.

« La digitalisation de l’administration permet à l’État d’élargir son assiette fiscale et de dégager davantage de recettes pour financer le développement », souligne Blaise Makaye. Il ajoute que les récentes découvertes de pétrole et de gaz devraient également donner un coup de pouce à l’économie.

Autre priorité : l’accélération de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Avec un marché potentiel de près d’un milliard et demi de consommateurs, son déploiement pourrait lever de nombreux obstacles réglementaires entre les pays africains.

« Aujourd’hui, les normes et réglementations varient trop d’un pays à l’autre. La ZLECAf permettrait une meilleure harmonisation et faciliterait grandement les échanges. »

Fodé Yattabaré, PDG de Kaera

« Plus de libre-échange, c’est plus d’opportunités business, plus de fluidité et plus de valeur créée. »

Régis Bamba, cofondateur de Djamo

Entre stabilité politique, innovation entrepreneuriale et intégration régionale, la Côte d’Ivoire trace sa route vers une économie plus dynamique et compétitive. L’émergence de ses champions nationaux pourrait bien être le moteur de cette transformation.

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