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Le collège d’Azrou, creuset de l’élite berbère au Maroc

Le collège d’Azrou, creuset de l’élite berbère au Maroc

Niché au cœur des montagnes du Moyen-Atlas, le collège d’Azrou incarne une page méconnue de l’histoire marocaine. Inauguré sous le Protectorat français, cet établissement éducatif avait pour mission initiale de façonner une élite berbère francophone, alignée sur les intérêts coloniaux. Pourtant, loin d’être un simple outil de domination, ce lycée a produit des figures majeures du Maroc indépendant, bouleversant ainsi les plans de ses concepteurs.

Lycée Tarik Ibn Ziad in 2010, formerly the Collège Berbère d'Azrou. Morocco, Azrou.

Le collège d’Azrou, berceau d’une génération de dirigeants marocains

Conçu par l’administration coloniale française comme le pilier d’une « politique berbère », le collège d’Azrou devait former des cadres dociles, maîtrisant le français et éloignés des mouvements indépendantistes actifs à Fès et Rabat. Pourtant, l’histoire a pris un tournant inattendu : ses bancs ont vu naître des militants de l’indépendance, des ministres, des gouverneurs, des magistrats et même treize futurs généraux. Certains ont servi Mohammed V puis Hassan II, tandis que d’autres ont été impliqués dans les tentatives de coup d’État de 1971 et 1972. Cette institution, analysée par Mohamed Benhlal dans son essai « Le collège d’Azrou : une élite berbère civile et militaire au Maroc, 1927-1959 » (Éditions Karthala), s’est révélée être bien plus qu’un simple outil colonial : un véritable creuset d’élites pour le Maroc moderne.

Un projet colonial aux ambitions déjouées

Dans les années 1920, le Protectorat français au Maroc met en place une stratégie visant à diviser la société marocaine en segmentant les populations selon des critères ethniques. Le collège d’Azrou, situé dans une région majoritairement berbère, devait incarner cette politique. L’objectif était clair : former une génération de cadres administratifs et militaires berbères, francophones et loyaux à l’administration coloniale. En les éloignant des foyers nationalistes de Fès et Rabat, les autorités espéraient affaiblir les mouvements indépendantistes en privant ces derniers de leurs futurs leaders.

Cependant, le destin en a décidé autrement. Les élèves d’Azrou, bien que baignant dans un environnement francophone, ont été exposés à des idées nouvelles et à un sentiment d’identité nationale émergent. Le brassage culturel et intellectuel au sein de l’établissement a favorisé l’émergence de personnalités engagées pour l’indépendance du Maroc.

Des figures emblématiques issues d’Azrou

Parmi les anciens élèves les plus marquants du collège d’Azrou, plusieurs noms ont marqué l’histoire du Maroc. Treize d’entre eux ont même atteint le grade de général, servant sous les règnes de Mohammed V et Hassan II. Leur parcours illustre la complexité de cette institution, qui a produit à la fois des serviteurs de l’État et des opposants au système colonial.

  • Des ministres et gouverneurs : Plusieurs anciens élèves sont devenus des figures centrales de l’administration marocaine après l’indépendance. Leur formation à Azrou leur a permis d’occuper des postes clés au sein de l’État.
  • Des magistrats influents : Certains diplômés ont marqué le système judiciaire marocain, contribuant à façonner le cadre légal du pays indépendant.
  • Des militants de l’indépendance : Contre toute attente, certains élèves ont rejoint les rangs des mouvements indépendantistes, utilisant leur éducation pour servir la cause nationale.
  • Des généraux aux parcours contrastés : Treize anciens élèves ont atteint le grade de général. Certains ont servi fidèlement la monarchie, tandis que d’autres ont été impliqués dans des tentatives de coup d’État, comme ceux de 1971 et 1972.

L’héritage d’Azrou dans le Maroc contemporain

Le collège d’Azrou a fermé ses portes en 1959, mais son héritage perdure. Aujourd’hui, il est reconnu comme l’une des institutions éducatives les plus fascinantes du Maroc, ayant formé une génération d’élites qui ont façonné le pays après l’indépendance. L’échec de la « politique berbère » coloniale est devenu une preuve de la résilience de l’identité marocaine et de sa capacité à transcender les divisions imposées.

L’essai de Mohamed Benhlal, « Le collège d’Azrou : une élite berbère civile et militaire au Maroc, 1927-1959 », offre une analyse approfondie de cette période. À travers les témoignages d’anciens élèves, l’auteur révèle comment cette institution, conçue pour servir les intérêts coloniaux, est devenue un symbole de la lutte pour l’indépendance et de la construction d’un Maroc uni.

Une institution entre mémoire et modernité

Le lycée Tarik Ibn Ziad, successeur du collège d’Azrou, perpétue aujourd’hui la tradition d’excellence de son prédécesseur. Situé dans la même ville, il continue de former des générations de jeunes Marocains, tout en portant le poids d’une histoire riche et complexe. Le collège d’Azrou reste ainsi un exemple frappant de la manière dont les institutions peuvent évoluer et servir des causes bien différentes de celles pour lesquelles elles ont été créées.

Son histoire rappelle que l’éducation est un outil puissant, capable de façonner des destins individuels et collectifs. Elle montre également que les plans les plus minutieusement conçus peuvent être bouleversés par les aspirations d’un peuple déterminé à écrire sa propre histoire.

Le collège d’Azrou, creuset de l’élite berbère au Maroc
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