À l’heure où les nations rivalisent pour dominer l’intelligence artificielle par la puissance brute des algorithmes, le Gabon propose une approche radicalement différente. Lors du sommet Global Dialogue on AI Governance, organisé sous l’égide des Nations Unies à Genève, Mark Alexandre Doumba, ministre gabonais de l’Économie numérique, a interpellé la communauté internationale sur le sens profond de cette révolution technologique.
Pour Libreville, l’enjeu n’est pas d’être le plus performant en calcul ou en vitesse, mais de concevoir une technologie au service de tous. « Notre priorité n’est pas de concevoir l’IA la plus rapide, mais celle qui sera la plus accessible », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité de placer l’éthique et la gouvernance au cœur du débat.
une vision de l’IA centrée sur l’humain plutôt que sur la performance
Face aux géants technologiques obnubilés par la course aux modèles toujours plus imposants, le Gabon défend un changement de perspective radical. Le ministre a souligné que l’objectif ne devait plus être la taille des infrastructures, mais leur utilité concrète : « L’important n’est pas d’être le premier, mais de faire en sorte que l’IA serve le plus grand nombre. »
Cette approche remet en cause le modèle actuel, où l’innovation profite surtout aux pays développés. Pour le Gabon, la véritable révolution réside dans la capacité à adapter cette technologie aux réalités locales, en évitant que l’Afrique ne devienne un simple consommateur passif de solutions conçues ailleurs.
la « petite IA » : une solution sur mesure pour les défis africains
Le Gabon mise sur le développement de ce qu’il appelle la « petite IA », c’est-à-dire des outils spécialisés, conçus pour répondre à des besoins précis. Comme l’a expliqué Doumba : « Un modèle géant n’a d’intérêt que s’il est compréhensible et utilisable par un agriculteur, un médecin ou un enseignant en Afrique. »
Cette vision s’applique à des domaines variés : optimisation des rendements agricoles, modernisation des services publics ou encore amélioration de l’accès aux soins. L’objectif ? Transformer l’IA en un levier concret de développement, et non en un gadget réservé à une élite technologique. Pour le Gabon, la technologie doit devenir un outil de souveraineté, capable de répondre aux défis spécifiques du continent.
éviter une fracture mondiale encore plus profonde
Le ministre a également mis en garde contre le risque d’une nouvelle division entre les pays capables de produire de l’IA et ceux qui ne feraient qu’en consommer les produits. Pour lui, la réussite de cette transition technologique ne se mesurera pas en puissance de calcul, mais en impact réel sur les vies humaines.
« Sans une gouvernance équitable, l’IA pourrait devenir le symbole d’une nouvelle forme de colonialisme numérique », a-t-il alerté. Il appelle ainsi à une refonte des règles du jeu économique et social, afin que cette innovation serve l’inclusion plutôt que l’exclusion. Pour le Gabon, l’IA doit être un pont entre les nations, et non une barrière supplémentaire.