Au Mali, la récente suppression d’un syndicat étudiant par le ministère de l’Administration territoriale marque une nouvelle étape dans la stratégie gouvernementale de restriction des libertés associatives.
L’administration justifie la dissolution de l’Association des Élèves et Étudiants du Mali (AEEM) en invoquant des épisodes de « violences et d’affrontements » au sein des établissements scolaires. Selon les autorités, des membres de ce groupement auraient été interpellés par le passé en possession de produits stupéfiants, d’armements et de fonds d’origine douteuse.
L’AEEM devient ainsi la quatrième structure rayée du paysage associatif en moins d’un quadrimestre. Début mars, la Coordination des Mouvements, Associations et Sympathisants de l’Imam Mahmoud Dicko (CMAS) a subi le même sort. Ce mouvement, qui militait pour l’organisation d’un scrutin présidentiel et le retour à l’ordre constitutionnel, est accusé d’être un vecteur de « déstabilisation ». Quelques jours plus tôt, c’est l’entité politique Kaoural Renouveau qui était visée pour des critiques jugées subversives envers le pouvoir militaire. En décembre dernier, l’Observatoire pour les élections et la bonne gouvernance avait également été démantelé après avoir remis en cause la transparence des processus électoraux.
Depuis le renversement du pouvoir en 2021, la junte au Mali a intensifié ses mesures contre les voix dissidentes, ciblant aussi bien la classe politique que les professionnels des médias. Cette politique de fermeté s’est illustrée récemment par la disparition forcée du colonel de gendarmerie Alpha Yaya Sangaré, arrêté suite à la rédaction d’un ouvrage documentant les dérives attribuées aux forces de défense maliennes.
Face à cette situation, la Commission nationale des droits de l’homme du Mali a fait part de son inquiétude, dénonçant une « tendance systémique » à suspendre les libertés fondamentales. De son côté, Seif Magango, s’exprimant au nom des Nations Unies, a rejoint ces préoccupations concernant le rétrécissement de l’espace civique dans le pays.
Alors que le Mali traverse une période de transition prolongée sous une direction non élue, le maintien d’un cadre permettant l’expression pacifique et l’organisation citoyenne apparaît crucial. Les observateurs appellent à la réhabilitation des structures dissoutes afin de garantir le respect des droits civiques essentiels.