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Niger : après le putsch déjoué, la purge s’étend et les réactions se multiplient

Le décret signé le 17 septembre par le général Abdourahamane Tiani, visant cinq Nigériens dont l’ancien Premier ministre Ouhoumoudou Mahamadou, ne cesse de susciter des remous. Alors que le pays panse encore les plaies de la tentative de putsch du 29 août, cette décision élargit le spectre des réactions et dessine les contours d’un pouvoir qui, loin de se stabiliser, semble s’enfoncer dans une logique de défiance généralisée. Retour sur les faits, les réactions et les perspectives.

Un décret qui fait l’effet d’une bombe

Le 17 septembre, un décret présidentiel a provisoirement déchu de leur nationalité nigérienne cinq personnalités, dont Ouhoumoudou Mahamadou, ancien chef du gouvernement sous Mohamed Bazoum. Les motifs invoqués sont lourds : intelligence avec des puissances étrangères, diffusion de données troublant l’ordre public, participation présumée à une entreprise de démoralisation de l’armée et atteinte à la sûreté de l’État. Il convient de rappeler qu’il s’agit d’accusations, et non d’une condamnation judiciaire.

Cette décision intervient dans un contexte explosif. Depuis l’attaque du 29 août contre le palais présidentiel, la base aérienne 101 et la télévision publique, le pouvoir militaire vit dans la hantise d’un nouveau complot. Selon des informations concordantes, plusieurs centaines de militaires russes de l’Africa Corps auraient été appelés en renfort pour reprendre la base aérienne. Au moins 200 soldats, majoritairement issus des forces spéciales, ont été arrêtés depuis.

Une purge qui s’étend à tous les niveaux

La tentative de putsch a déclenché une vaste opération de reprise en main. Le 11 septembre, le général Moussa Salaou Barmou, chef d’état-major des armées, a été limogé. Quatre ministres ont ensuite été remplacés. Officiellement, il s’agit de réorganiser la chaîne de commandement et de corriger des dysfonctionnements. Mais pour de nombreux observateurs, ces mouvements traduisent surtout une volonté de verrouiller l’appareil autour des fidélités les plus sûres.

Avec ce nouveau décret, le nombre total de personnes privées de nationalité atteint désormais 25, selon l’Agence nigérienne de presse. Une escalade qui inquiète au-delà des cercles politiques.

Des réactions contrastées et des interrogations persistantes

Dans les rues de Niamey, les avis divergent. Certains soutiennent fermement le général Tiani, estimant qu’il protège la nation contre des ennemis intérieurs. D’autres s’alarment d’une dérive autoritaire. « À quel moment la défense de l’État cesse-t-elle d’être une opération de sécurité pour devenir un nettoyage politique ? », s’interroge un universitaire sous couvert d’anonymat.

Les proches des personnes visées dénoncent une mesure arbitraire. L’ancien Premier ministre Ouhoumoudou Mahamadou, figure respectée de l’ancien régime, n’a pas encore réagi publiquement. Mais son entourage évoque un « acharnement » et une volonté d’effacer toute trace de l’ère Bazoum.

Sur la scène internationale, les chancelleries observent avec prudence. Aucune déclaration officielle n’a filtré pour l’instant, mais des diplomates en poste dans la sous-région confient leur malaise face à une mesure qui pourrait créer un précédent dangereux.

Un pouvoir sous tension permanente

Depuis le 29 août, la menace ne vient plus seulement de l’extérieur ou des groupes armés. Elle peut surgir de l’intérieur même de l’appareil militaire. Cette prise de conscience a fait basculer le régime dans une paranoïa qui, selon les critiques, risque de devenir une méthode de gouvernement.

Un militaire remplacé, un ministre écarté, des soldats arrêtés, des anciens responsables ciblés, des citoyens déchus de leur nationalité : pris isolément, chaque acte a sa justification officielle. Mis bout à bout, ils dessinent l’image d’un pouvoir qui, après avoir été directement menacé, cherche à contrôler tous les cercles susceptibles de représenter une vulnérabilité.

Le général Tiani, arrivé au pouvoir par un coup d’État en juillet 2023, sait mieux que quiconque qu’un régime militaire peut sembler solide jusqu’au jour où quelques officiers décident de franchir la ligne. Le 29 août l’a prouvé : ce qui paraissait impossible est devenu possible.

Quelles perspectives pour le Niger ?

La question centrale est désormais de savoir jusqu’où ira cette logique. À force de traquer les complots réels ou supposés, le régime risque de transformer toute contestation en complot. Un système où la loyauté se mesure à l’absence de critique, et où la peur de l’autre devient un mode de gouvernement.

Les prochaines semaines seront décisives. Si la purge se poursuit, elle pourrait fragiliser davantage les institutions et exacerber les tensions au sein de l’armée. À l’inverse, un apaisement, même timide, pourrait ouvrir la voie à une stabilisation. Mais pour l’heure, rien n’indique que la méfiance soit près de disparaître.

Une chose est sûre : le décret du 17 septembre ne marque pas la fin de l’histoire. Il en constitue un nouveau chapitre, dont les conséquences pourraient peser durablement sur l’équilibre politique nigérien. Car lorsqu’un pouvoir commence à considérer ses propres citoyens comme des menaces, la frontière entre protéger l’État et protéger le pouvoir devient dangereusement mince.

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