En République démocratique du Congo (RDC), la dynamique autour de la révision de la Constitution s’est intensifiée sur le front judiciaire. Lors d’une rencontre tenue à Kinshasa, les leaders de la Coalition Article 64 (C64) ont dressé un bilan positif de leur opération ville morte organisée la veille, affirmant que plusieurs grandes villes du pays avaient répondu à leur appel. Cette mobilisation dépasse ainsi la simple capitale, contrairement aux affirmations des autorités. L’enjeu ? Tester la capacité de l’opposition à influencer l’agenda politique et bloquer les ambitions présidentielles jugées anticonstitutionnelles.
une coalition déterminée face aux réformes controversées
La C64, unie autour de la défense de l’article 64 de la Constitution congolaise, rassemble des figures politiques opposées à la révision constitutionnelle. Parmi elles, Delly Sesanga a salué l’adhésion à leur appel dans des villes situées en dehors de Kinshasa. La coalition s’impose désormais comme un acteur clé de la contestation contre le projet de réforme porté par la majorité présidentielle.
Le débat sur cette révision n’est pas récent, mais il a pris de l’ampleur avec les déclarations de certains cadres du pouvoir évoquant la nécessité d’adapter le texte fondamental. Pour l’opposition, il s’agit d’une manœuvre visant à permettre un troisième mandat à Félix Tshisekedi, élu en 2018 et reconduit en 2023. La Constitution actuelle limite strictement à deux le nombre de mandats présidentiels consécutifs, un principe hérité de la transition post-Mobutu et considéré comme un rempart démocratique.
une plainte historique contre le président congolais
Le moment fort de cette conférence a été l’annonce du dépôt imminent d’une plainte contre Félix Tshisekedi et ses alliés. La qualification retenue, tentative de renversement de l’ordre constitutionnel, est lourde de sens. En transférant le débat sur le terrain judiciaire, la C64 cherche à transformer une contestation politique en dossier juridique, susceptible de mobiliser magistrats, avocats et société civile.
Si personne ne s’attend à une issue rapide, cette initiative envoie un message clair : le pouvoir est soupçonné de préparer un coup de force institutionnel. Pour Delly Sesanga et ses partenaires, l’objectif est double : fixer une limite infranchissable et forcer la majorité à clarifier ses intentions sur la durée des mandats et l’étendue réelle de la révision proposée.
un contexte politique explosif à Kinshasa
La RDC traverse une période particulièrement tendue. À l’Est, la situation sécuritaire se dégrade avec l’activité du M23, tandis que les tensions diplomatiques autour du dossier rwandais s’accentuent. Sur le plan intérieur, la révision constitutionnelle ajoute une fracture supplémentaire entre le pouvoir central et une opposition, bien que fragmentée, qui cherche à se regrouper autour de revendications claires. La C64 mise sur cette clarté pour élargir son influence.
L’évaluation de l’opération ville morte reste sujette à débat. Les autorités minimisent son ampleur, tandis que les organisateurs revendiquent un succès dépassant la capitale. Sans données indépendantes consolidées, le bilan reste difficile à établir. La capacité de la coalition à maintenir la pression et à rallier de nouvelles figures politiques ou des relais provinciaux sera déterminante pour son avenir face au camp présidentiel.
Pour les observateurs africains, le cas congolais s’inscrit dans une tendance continentale sur la limitation des mandats, du Sénégal récent aux exemples plus anciens en Afrique de l’Ouest. Chaque situation contribue à façonner les normes de gouvernance et influence les attentes des partenaires internationaux. La C64 a d’ores et déjà annoncé la poursuite de sa mobilisation, tout en déplaçant le combat sur le terrain judiciaire.