Le Cameroun sous tension : Biya procède à un remaniement militaire depuis Genève

Le président Camerounais, Paul Biya, a signé plusieurs décrets depuis Genève, où il séjourne depuis près de deux mois. Parmi ces décisions, un remaniement significatif au sein de l’armée nationale, alors que son absence prolongée alimente les interrogations au sein de la population.
Âgé de 93 ans, le chef de l’État a promu cinq colonels au grade de général de brigade et nommé de nouveaux responsables à des postes stratégiques. Ces mouvements s’inscrivent dans une série de changements militaires opérés par Biya au fil des années, notamment après des événements politiques majeurs.
Le dernier remaniement de cette ampleur remonte à l’élection controversée de l’année dernière, où Biya avait entamé une nouvelle mandature. Depuis juin 2026, plusieurs hauts gradés des forces de défense et de sécurité ont également été promus à des grades supérieurs, confirmant une tendance récurrente.
Un contexte politique sous haute tension
L’absence prolongée de Biya du territoire national a suscité de vives réactions. Depuis son départ le 7 juin pour un « séjour privé » en Suisse, les Camerounais s’interrogent sur la durée de son absence et les raisons de son silence. Le gouvernement a tenté de rassurer en déclarant qu’il travaillait depuis Genève, sans pour autant lever les doutes sur son état de santé.
Les spéculations sur une possible hospitalisation ont été catégoriquement démenties par les autorités, qui insistent sur le fait que le président reste en contact avec ses équipes. Pourtant, l’opposition n’a pas manqué de souligner le « vide institutionnel flagrant » créé par cette absence, rappelant que le pouvoir exécutif doit s’exercer sur le sol national.
Des réformes militaires en réponse aux incertitudes
Le Cameroun a récemment connu des bouleversements politiques, notamment après le coup d’État au Gabon voisin en 2023, qui a renversé la dynastie Bongo. Face à ce contexte régional instable, Yaoundé a immédiatement réorganisé son commandement militaire pour renforcer la stabilité interne.
Ces remaniements s’accompagnent de nouvelles interrogations : pourquoi ces nominations interviennent-elles alors que le président est à l’étranger ? Les observateurs y voient une tentative de consolidation du pouvoir avant un retour incertain, tandis que l’opposition critique une gouvernance de plus en plus opaque.
Le poste de vice-président, créé en avril 2026, reste vacant, ajoutant à la confusion sur la direction politique du pays. Par ailleurs, Biya a autorisé plusieurs accords de prêt avec des institutions financières internationales, signe d’une activité gouvernementale maintenue malgré son éloignement.
Les restrictions imposées aux médias camerounais sur la couverture de l’état de santé du président, instaurées il y a deux ans, continuent de nourrir les suspicions. Alors que les Camerounais attendent des clarifications, le gouvernement campe sur sa position : Biya est en bonne santé et rentrera bientôt au pays.
Pourtant, l’absence prolongée d’un dirigeant de 93 ans, dans un contexte où la stabilité régionale est fragile, soulève des questions légitimes sur l’avenir politique et institutionnel du Cameroun.