Société
Pierre Mabè Gwet, l’homme qui a façonné la voix du Tchad indépendant
Dans les premières heures de l’indépendance du Tchad, le président François Tombalbaye envisage un projet ambitieux : transformer l’ancienne station de radio de la France-Libre, basée à Fort Lamy, en un outil d’information moderne.
Pour concrétiser cette vision, il se tourne vers l’ingénieur Pierre Shaefflert, qui lui recommande sans hésiter Pierre Mabè Gwet, un Camerounais au parcours impressionnant.
Pierre Mabè Gwet, formé à l’École de radiodiffusion française, a déjà une solide expérience dans la coopération médiatique. Il est choisi pour superviser le déménagement de Radio Tchad vers N’Djamena et pour former la première génération de journalistes tchadiens. Son influence s’étend bien au-delà des ondes : il inspire des talents locaux comme Garambaye Adoum Saleh ou Saleh Kedzabo, qui deviendront des figures marquantes du paysage médiatique africain.
Doté d’une plume élégante et d’une culture générale hors norme, nourrie par les courants panafricains et les réflexions des intellectuels antillais, Pierre Mabè Gwet devient rapidement un conseiller écouté du président Tombalbaye. Sa maîtrise des enjeux géopolitiques, acquise à Sciences Po Paris, en fait un stratège respecté.
Lorsqu’il rédige les discours du chef de l’État pendant la période panafricaine de ce dernier, il contribue à façonner l’image d’un Tchad engagé pour l’authenticité culturelle africaine. Mais l’histoire bascule avec le coup d’État de 1975. Traversant la frontière vers Kousseri, il échappe de justesse aux violences qui emportent Tombalbaye.
Pierre Mabè Gwet incarne une génération de précurseurs, aux côtés de personnalités comme le Gabonais Georges Rawiri ou le Camerounais Pierre Mouasso Priso, qui ont posé les bases des médias modernes en Afrique francophone. Son héritage reste un pilier de l’histoire du journalisme tchadien.
En Côte d’Ivoire, en Centrafrique ou au Cameroun, d’autres visionnaires comme Sylvain Zogbo ou Toufic ont, à la même époque, jeté les fondations des radios nationales, prouvant que l’Afrique des années 1960 était un véritable creuset d’innovations médiatiques.
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