pourquoi le Mali offre des primes pour l’arrestation de chefs djihadistes
Les autorités maliennes frappent fort dans la lutte contre le terrorisme. Un communiqué officiel du ministère de la Sécurité et de la Protection civile, diffusé ce jeudi, annonce une récompense financière exceptionnelle pour la capture de sept figures majeures du djihadisme et du séparatisme au Mali. Parmi elles, Iyad Ag Ghaly, leader du Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), voit sa tête mise à prix à hauteur de 2 milliards de francs CFA.
Cette décision intervient moins de deux mois après les attaques simultanées de Kidal et Kati, menées conjointement par des éléments du JNIM et du Front de libération de l’Azawad (FLA). Ces assauts ont causé la mort de Sadio Camara, ministre malien de la Défense, et ont révélé l’urgence d’agir contre ces groupes armés qui menacent la stabilité du pays.
Le gouvernement de transition malien appelle désormais la population à jouer un rôle actif dans cette traque. « Toute information fiable permettant l’arrestation ou la neutralisation de ces individus sera récompensée », précise le communiqué diffusé sur les ondes de la télévision d’État. Les cibles désignées incluent des responsables djihadistes et séparatistes, dont les primes varient selon leur niveau de dangerosité et d’implication dans les récentes violences.
Les cibles prioritaires et leurs primes
Le communiqué détaille les montants alloués pour chaque individu recherché, reflétant leur importance stratégique dans les réseaux terroristes et séparatistes. Voici la liste des personnes visées :
- Iyad Ag Ghaly (JNIM) : 2 milliards de francs CFA
- Amadou Koufa (katiba Macina) : 1,5 milliard de francs CFA
- Abdoulaye Mohamed (Habib) (katiba Macina) : 1,5 milliard de francs CFA
- Algabas Ag Intallah (FLA) : 1 milliard de francs CFA
- Ghita (FLA) : 500 millions de francs CFA
- Bilal Chérif (FLA) : 500 millions de francs CFA
- Abderrahmane Al Banna (FLA) : 500 millions de francs CFA
Ces primes s’inscrivent dans une stratégie globale de lutte contre le terrorisme au Sahel, alors que le Mali, le Niger et le Burkina Faso forment l’Alliance des États du Sahel (AES). Le JNIM, affilié à Al-Qaïda, multiplie les attaques dans la région, ciblant à la fois les forces armées et les infrastructures civiles.
Qui est Iyad Ag Ghaly, l’homme le plus recherché du Sahel ?
Iyad Ag Ghaly, né en 1958 à Boghassa dans la région de Kidal, est une figure centrale du conflit au Mali. Son parcours, marqué par des alliances successives avec des groupes armés, en fait l’un des hommes les plus redoutés du Sahel.
Dans les années 1970, il s’engage aux côtés du colonel Mouammar Kadhafi en Libye, participant à des conflits au Liban et au Tchad. De retour au Mali au début des années 1990, il participe à la rébellion touarègue avant de fonder le Mouvement populaire pour la libération de l’Azawad (MPLA).
Son parcours prend un tournant radical dans les années 2000. Il se rapproche du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), ancêtre d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), et fonde en 2012 le groupe Ansar Dine. Ce mouvement s’allie à AQMI pour imposer la charia dans le nord du Mali, plongeant le pays dans une crise sécuritaire sans précédent.
En 2017, il consolide son influence en créant le JNIM, une coalition de groupes djihadistes maliens affiliés à AQMI et Al-Qaïda. Selon le Timbuktu Institute, il est désormais « l’homme le plus recherché du Sahel et la plus grande menace pour le gouvernement malien ».
Son mode d’action a évolué : au lieu de se concentrer uniquement sur des combats militaires, il privilégie désormais une stratégie de blocage économique. En coupant les routes principales et en sabotant des infrastructures critiques comme les lignes électriques, il cherche à asphyxier les grandes villes, notamment Bamako, pour déstabiliser le pouvoir en place.
Les analystes du Timbuktu Institute soulignent que son objectif n’est pas de diriger le Mali, mais de « provoquer la chute du régime actuel et de maintenir une pression constante sur l’État ». Un mandat d’arrêt international a été émis contre lui par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis entre 2012 et 2013.
Affilié à Al-Qaïda, le JNIM reste l’un des groupes les plus actifs au Sahel, semant la terreur au Mali, au Niger et au Burkina Faso. Sa capacité à adapter ses méthodes de combat en fait une menace persistante pour la stabilité de la région.