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Saisie d’armes à bissau : comment la junte militaire joue avec le feu avant la présidentielle du 6 décembre

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Alors que la Guinée-Bissau se trouve à quelques semaines d’un scrutin présidentiel décisif, la capitale Bissau est secouée par une vague de désarmement sans précédent. Des caches d’armes, découvertes dans des conteneurs et des habitations, alimentent les tensions entre la junte militaire et les partisans de l’ancien président Umaro Sissoco Embaló. Une opération présentée comme sécuritaire mais dont les retombées politiques pourraient fragiliser la crédibilité du processus électoral et plonger le pays dans une instabilité durable. Le retour d’Embaló, bloqué par les autorités, menace de transformer cette présidentielle en un champ de bataille où les armes et les ambitions s’affrontent.

Une opération de désarmement sous haute tension politique

Les forces de sécurité de Bissau multiplient les perquisitions dans les quartiers stratégiques, ciblant des lots d’armes et de munitions qui échapperaient aux circuits militaires officiels. L’objectif affiché ? Éviter que des groupes armés ne viennent perturber l’ordre public à l’approche du 6 décembre. Pourtant, dans un pays où l’armée a toujours joué un rôle central dans les crises politiques, cette campagne interroge : s’agit-il vraiment d’une mesure de sécurité, ou d’une manœuvre pour neutraliser des opposants avant le scrutin ?

Parmi les caches repérées, certaines armes seraient liées à des réseaux proches de l’ancien président Umaro Sissoco Embaló. Une allégation lourde de conséquences, alors que ce dernier, en exil au Maroc, revendique haut et fort sa candidature à la présidentielle. Les autorités militaires justifient son interdiction de retour par des « raisons de sécurité », mais cette décision soulève une question cruciale : la transition vers un pouvoir civil peut-elle s’accomplir si les dirigeants de la junte choisissent de verrouiller le terrain politique avant même le vote ?

Embaló en exil : un retour bloqué, une campagne en péril

Umaro Sissoco Embaló, renversé en novembre 2025 par un coup d’État, avait initialement prévu de rentrer en Guinée-Bissau le 4 octobre pour lancer sa campagne. Las, l’armée lui a fermé la porte. Officiellement, les généraux invoquent l’absence de garanties pour sa sécurité et l’ordre public. Dans les faits, cette décision prive son camp d’une visibilité indispensable pour convaincre les électeurs en vue du 6 décembre. Sans accès au territoire, comment promouvoir son programme ou rassembler ses soutiens ? La junte, qui promet de rétablir un pouvoir civil, se retrouve donc face à un paradoxe : organiser une élection en excluant l’un des principaux prétendants.

Pourtant, Embaló n’a pas dit son dernier mot. Le président déchu maintient ses revendications, exigeant une évaluation impartiale de sa candidature par les instances judiciaires. Mais dans un climat déjà électrique, où les militaires verrouillent les portes et éliminent les menaces armées, la place d’un opposant dans la course électorale apparaît de plus en plus incertaine. Les opérations de désarmement, en ciblant ses réseaux, pourraient bien avoir un double objectif : affaiblir ses soutiens tout en légitimant la mainmise de la junte sur le pouvoir.

Un scrutin sous surveillance : entre démocratie et autoritarisme militaire

La présidentielle du 6 décembre est censée marquer la fin de la transition ouverte par le coup d’État. Pourtant, le nouveau texte constitutionnel, adopté en août à l’issue d’un référendum très contesté, renforce considérablement les prérogatives de l’exécutif. Une réforme qui interroge sur les véritables intentions de la junte : veut-elle réellement restaurer la démocratie, ou préparer le terrain pour un retour en force des militaires sous une forme déguisée ?

Dans ce contexte, chaque saisie d’arme, chaque interdiction de retour devient un symbole fort. La junte doit désormais prouver que ses actions ne servent pas à museler l’opposition, mais bien à sécuriser un processus électoral déjà fragilisé. Pourtant, avec des élections dans moins de deux mois, le temps presse pour démontrer que le désarmement relève de la transparence et non de la manipulation politique.

Les conséquences économiques d’une transition sous tension

Au-delà du jeu politique, la crise actuelle pèse lourdement sur le quotidien des Bissaliens. Les opérations de perquisition et de désarmement perturbent les activités commerciales, notamment dans les quartiers populaires où les populations craignent pour leur sécurité. Les investisseurs, déjà frileux, observent avec inquiétude ce climat d’incertitude, alors que la Guinée-Bissau peine à se relever d’une décennie marquée par les coups d’État et l’instabilité chronique.

Les risques de déstabilisation financière sont réels. Les sanctions internationales, les fluctuations des cours des matières premières et la méfiance des bailleurs de fonds pourraient aggraver une situation économique déjà précaire. Si la junte échoue à organiser une élection crédible, le pays pourrait se retrouver isolé sur la scène régionale, avec des conséquences en cascade sur l’emploi, les services publics et la stabilité sociale.

Que réserve l’avenir ? Trois scénarios pour la Guinée-Bissau

  • Un scénario apaisé : La junte lève l’interdiction de retour d’Embaló et organise un scrutin transparent, permettant une transition démocratique sans heurt. Les opérations de désarmement sont menées avec probité et les résultats sont acceptés par toutes les parties.
  • Un scénario de confrontation : Les tensions persistent, les élections sont reportées ou contestées, et la junte consolide son pouvoir en s’appuyant sur une répression accrue. Le pays s’enfonce dans une crise prolongée, avec des risques de violences post-électorales.
  • Un scénario de transition contrôlée : La junte maintient son contrôle sur le processus tout en autorisant une élection sous conditions, garantissant sa propre survie politique. Embaló est écarté de la course, et le pays sombre dans une démocratie de façade.

À moins de deux mois du vote, la Guinée-Bissau se trouve à un carrefour. Les armes saisies à Bissau, le retour bloqué d’Embaló et les élections à venir dessinent une équation complexe, où sécurité, démocratie et ambitions politiques s’entremêlent. Le choix de la junte dans les semaines à venir déterminera si le pays parviendra enfin à tourner la page des régimes militaires, ou si la transition vers la stabilité ne restera qu’un leurre.

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