Un témoignage diffusé le 23 octobre 2026 sur les ondes de la Radio Télévision du Niger (RTN) relance les spéculations autour de la présence éventuelle du colonel Pascal Tigri sur le territoire nigérien. Dans une déclaration solennelle, l’inspecteur Habibou Oumarou Mamane, surnommé « Le Rebelle », expose des éléments concrets mais non vérifiés concernant des recherches supposées organisées par des intermédiaires liés au Bénin. Ces allégations, bien que précises, soulèvent une question cruciale : que sait-on réellement de cette affaire et comment distinguer les faits des hypothèses ?
Un récit détaillé mais dépourvu de preuves tangibles
Selon l’inspecteur Habibou Oumarou Mamane, ses démarches pour localiser Pascal Tigri auraient débuté le 27 février 2026. Il évoque des contacts avec plusieurs personnes se réclamant de services béninois, ainsi que des promesses de rémunération en échange de résultats. Parmi les éléments cités figurent une somme de cinq millions de francs CFA, dont deux millions auraient été versés le 9 mars 2026 au marché de Niamey. Des noms de protagonistes, comme Moumouni, Zakou, « David » ou l’officier béninois Ilou, sont également mentionnés, ainsi que des promesses de passeports diplomatiques et de postes administratifs.
Si ces détails donnent l’impression d’un récit documenté, leur authenticité et leur source restent à confirmer. Les paiements allégués, les identités des intermédiaires et le contexte précis des échanges n’ont pas encore été étayés par des preuves matérielles ou des documents officiels. Sans corroboration indépendante, ces déclarations ne peuvent être considérées comme des faits établis.
Exfiltration ou simple recherche ? la distinction cruciale
Un point central du témoignage concerne l’emploi du terme « exfiltration », qui implique une sortie clandestine du territoire nigérien. Pourtant, cette formulation ne suffit pas à établir qu’une telle opération a été organisée ou même envisagée par les autorités béninoises. La recherche d’un suspect, même dans un contexte judiciaire, relève d’une démarche policière classique, distincte d’une opération d’exfiltration.
Il est essentiel de ne pas confondre les allégations rapportées avec une décision officielle de Cotonou. À ce stade, rien ne permet d’affirmer que le Bénin aurait cherché à faire sortir Pascal Tigri du Niger de manière illégale. La localisation d’un fugitif et les échanges avec des intermédiaires, même s’ils sont suspects, ne constituent pas une preuve d’exfiltration. Seuls des éléments concrets, comme des ordres écrits, des enregistrements ou des témoignages croisés, pourraient étayer une telle accusation.
Une déclaration télévisée : quel objectif réel ?
La diffusion d’un témoignage aussi sensible sur une chaîne publique nigérienne interroge sur ses motivations. Une médiatisation de ce type peut servir à informer l’opinion publique ou à répondre à des accusations antérieures. Cependant, elle ne remplace pas une enquête judiciaire ou une coopération policière formelle entre les deux États. Sans preuves accessibles, les déclarations de l’inspecteur laissent place à des interprétations, notamment dans un contexte de tensions diplomatiques entre Niamey et Cotonou.
Il reste à déterminer si cette diffusion vise à éclairer une enquête en cours ou à influencer l’opinion régionale. Dans tous les cas, seule la présentation d’éléments vérifiables permettrait de trancher entre hypothèses et certitudes.
Coopération judiciaire : la voie à suivre pour trancher le débat
Si Pascal Tigri se trouve effectivement au Niger, la question de la coopération entre Niamey et Cotonou devient incontournable. Les autorités béninoises pourraient engager des procédures d’entraide judiciaire ou d’extradition, conformément aux conventions internationales. Cependant, ces démarches nécessitent des preuves solides et le respect des principes de souveraineté territoriale et de droit.
Les noms cités, les sommes évoquées et les circonstances des rencontres doivent faire l’objet d’une investigation indépendante. Les résultats de ces vérifications détermineront la crédibilité des accusations et l’éventuelle responsabilité des parties impliquées.
Conclusions : entre spéculations et faits établis
Le témoignage de l’inspecteur Habibou Oumarou Mamane relance la piste nigérienne concernant Pascal Tigri, mais ne la valide pas. Les éléments avancés, bien que précis, ne suffisent pas à eux seuls pour confirmer sa présence au Niger ou une tentative d’exfiltration organisée par le Bénin. Seule une enquête rigoureuse, combinant vérifications judiciaires, témoignages corroborés et preuves matérielles, pourra apporter des réponses définitives.
En attendant, l’affaire reste suspendue entre spéculations et attentes de clarifications. Les prochaines étapes dépendront de la capacité des autorités à produire des éléments probants et à recourir aux mécanismes légaux appropriés.