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Trafic de visas au Niger : le ministre de l’intérieur sous les projecteurs

Un scandale diplomatique secoue la junte nigérienne

Le général Mohamed Toumba, ministre de l’Intérieur nigérien et membre influent du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), se retrouve aujourd’hui au cœur d’une affaire judiciaire aux répercussions politiques majeures. Depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, ce haut responsable occupe une position stratégique au sein de l’appareil étatique, mais son nom est désormais associé à un réseau de trafic de visas Schengen impliquant son épouse.

Une filière illégale démantelée entre Niamey et Madrid

Les enquêtes menées par la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure (DGDSE) ont révélé l’existence d’un système organisé de commercialisation de visas, exploitant les liens entre l’ambassade d’Espagne au Niger et des intermédiaires locaux. L’épouse du ministre, ancienne collaboratrice de cette chancellerie, est accusée d’avoir orchestré un trafic lucratif ciblant principalement des ressortissants maliens.

Les modalités de cette fraude étaient particulièrement audacieuses :

  • Tarifs exorbitants : entre 2 et 5 millions de francs CFA (soit environ 3 048 à 7 622 euros) par visa délivré illégalement ;
  • Simplification des démarches : les candidats évitaient toute interaction avec les services consulaires, leurs dossiers étant traités à distance ;
  • Exemption frauduleuse : les Maliens bénéficiaient d’une dispense illégale de présentation d’un titre de séjour nigérien, pourtant obligatoire pour contourner l’ambassade d’Espagne à Bamako.

Selon les premières estimations, près de 1 500 personnes auraient pu quitter l’Afrique de l’Ouest pour l’Europe grâce à ce réseau, avant son démantèlement.

Blanchiment et arrestations ciblées

Les investigations ont également révélé des circuits financiers opaques, notamment vers le Sénégal, où les fonds générés par cette activité illicite auraient été partiellement recyclés. La DGDSE, dirigée par le lieutenant-colonel Souleymane Balla-Arabé, a procédé à plusieurs interpellations stratégiques :

  • Maty Cissokho Toumba, épouse du ministre de l’Intérieur, a été entendue dans le cadre de l’enquête ;
  • Samsoudine Idrissa, coordinateur logistique du réseau et proche du général Toumba, a été interpellé à sa sortie du domicile du ministre ;
  • Une complice présumée, recrutée par l’épouse du ministre peu avant son départ de l’ambassade d’Espagne il y a un an, fait également l’objet de poursuites.

Crise interne au sein de la junte militaire

L’ouverture de cette procédure par les services de renseignement, et non par les canaux judiciaires traditionnels, a exacerbé les tensions au sommet de l’État. Le président de la transition, le général Abdourahamane Tchiani, renforce progressivement son cercle de confiance autour des membres de sa communauté d’origine (Haoussa), marginalisant d’autres factions clés au sein du régime.

Cette affaire fragilise particulièrement les cadres zarmas de la junte, parmi lesquels figurent le général Mohamed Toumba – troisième personnage de l’État – et le général Salifou Modi, ministre de la Défense, pourtant réputé pour son ascendant sur les forces armées. Le scandale met en lumière les divisions internes et les luttes de pouvoir qui minent la stabilité du pouvoir en place.

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