Niger Eveil

Média d'éveil citoyen pour le Niger, offrant une information rigoureuse, indépendante et engagée.

Niger Eveil

Média d'éveil citoyen pour le Niger, offrant une information rigoureuse, indépendante et engagée.

Crise à l’aéroport de Lomé : le Togo sous 48h pour sauver son image économique

Lomé a offert ce lundi matin un spectacle peu glorieux à ses invités internationaux. Alors que la ville accueillait la troisième édition du forum panafricain Biashara Afrika, l’aéroport Gnassingbé Eyadéma est devenu le théâtre d’un incident révélateur des dysfonctionnements qui minent l’intégration africaine.

Les discours ambitieux sur la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et ses promesses de marché unique se sont brutalement heurtés à la réalité administrative. Une réalité où une simple entrée sur le sol togolais peut ressembler à un parcours du combattant.

 

le passeport africain boudé au profit du passeport européen

L’intervention de la ministre nigériane de l’Industrie, du Commerce et de l’Investissement, Dr Jumoke Oduwole, a marqué les esprits. Face à un parterre de dirigeants et d’investisseurs, elle a partagé une anecdote qui en dit long. Deux entrepreneurs nigérian et ghanéen, fraîchement arrivés d’Europe, ont été refoulés à l’entrée du territoire togolais. Leur seul tort ? Présenter des passeports africains, pourtant valides au sein de la CEDEAO.

Leur salut : brandir un passeport européen pour obtenir, dans l’urgence, un visa de 24 heures. Un scénario absurde qui illustre l’absurdité des barrières encore présentes au cœur même du continent. Comme l’a souligné le Dr Oduwole :

« Si un Européen devait demander un visa pour entrer dans un pays européen avec un passeport africain, cela n’arriverait jamais. Pourtant, c’est la réalité que vivent chaque jour des investisseurs africains. »

Une situation qui soulève une question cruciale : quand les règles du jeu changent-elles pour les citoyens et investisseurs africains ?

 

l’intégration africaine enrayée par des pratiques administratives dépassées

Pour un pays se voulant hub logistique et financier en Afrique de l’Ouest, l’image est désastreuse. Les visas imposés aux voisins africains envoient un signal clair : l’intégration reste un vœu pieux. Pourtant, les promesses de la ZLECAf — un marché de 1,4 milliard de consommateurs et un PIB cumulé de 3 400 milliards de dollars — ne pourront se concrétiser sans une libre circulation effective des personnes.

Les entrepreneurs présents à Lomé ont été unanimes : si un passeport européen est devenu le sésame pour investir en Afrique, alors l’intégration n’est plus qu’un mot vide de sens.

 

faure gnassingbé donne 48h pour redresser la situation

Face à cette charge publique, le président Faure Gnassingbé a choisi d’agir sans délai. Conscient que l’incident risquait de nuire durablement à la réputation du Togo et du forum, il a lancé un ultimatum à son ministre de la Sécurité : régler la situation sous 48 heures.

Un compte à rebours qui s’achève mercredi, à la clôture de Biashara Afrika. Le message est clair : les services de l’immigration doivent être réorganisés pour respecter les principes de la ZLECAf. Une urgence qui rappelle qu’un projet économique ambitieux peut parfois tenir à un simple tampon mal apposé.

 

zlecaf : quand les frontières administratives tuent les ambitions continentales

Les réactions des acteurs économiques présents à Lomé sont sans appel. Un économiste ivoirien a résumé la situation :

« Sans libre circulation, la ZLECAf restera une coquille vide. Les promesses ne suffisent pas, il faut des actes concrets. »

Un entrepreneur ghanéen a ajouté :

« Si nous devons brandir un passeport européen pour travailler en Afrique, alors l’intégration n’est qu’un slogan. »

L’affaire révèle les contradictions profondes d’un continent qui peine à aligner ses discours sur ses réalités. Les prochaines étapes seront scrutées de près : harmonisation des visas, digitalisation des procédures frontalières, et surtout, une volonté politique sans faille. Car à Lomé, l’Afrique a appris une leçon amère : un simple dysfonctionnement administratif peut anéantir des millions d’investissements.

Crise à l’aéroport de Lomé : le Togo sous 48h pour sauver son image économique
Scroll to top