Frappes du Tchad contre boko haram : bilan humain lourd pour les pêcheurs

Des soldats tchadiens en patrouille sur le lac Tchad

Des frappes aériennes menées par l’armée tchadienne contre des positions de Boko Haram ont causé la mort de plusieurs dizaines de pêcheurs nigérians près du lac Tchad. Selon des témoins, dont des membres d’un groupe d’autodéfense local, ces opérations militaires, déclenchées depuis le 7 mai, visaient des bastions jihadistes situés à proximité des frontières avec le Niger et le Tchad.

« Il est pour l’instant impossible d’établir un bilan précis des victimes, car les opérations se poursuivent », a confié un témoin sous anonymat. Les bombardements ciblent notamment l’île de Shuwa, un territoire contrôlé par le groupe terroriste, où des pêcheurs locaux paient traditionnellement un « droit de passage » à Boko Haram pour accéder aux zones de pêche.

Un bilan humain déjà lourd

D’après un responsable syndical nigérian, 40 pêcheurs seraient portés disparus, probablement victimes des frappes ou noyés dans les eaux du lac. Ces derniers auraient fui les zones bombardées après avoir assisté à des scènes de panique et de destructions massives. « Beaucoup de civils ont été tués, notamment des habitants de Doron Baga et de l’État de Taraba au Nigeria », a témoigné Adamu Haladu, un pêcheur originaire de Baga.

Les frappes ont été lancées en représailles à une attaque jihadiste perpétrée le 4 mai contre une base militaire tchadienne, faisant au moins 24 morts parmi les soldats. Cependant, les cibles initiales semblent avoir été élargies, touchant des zones civiles où la population dépend économiquement de la pêche.

Un précédent inquiétant en 2024

L’armée tchadienne reste silencieuse sur ces événements, mais ce n’est pas la première fois qu’elle est pointée du doigt pour des frappes meurtrières sur des civils. En octobre 2024, une opération similaire sur l’île de Tilma avait causé la mort de plusieurs dizaines de pêcheurs, selon des témoignages locaux. L’armée tchadienne avait alors nié toute responsabilité dans la mort de civils, attribuant l’intégralité des victimes aux jihadistes.

Cette insurrection, qui sévit depuis 2009 dans la région du lac Tchad, a déjà fait plus de 40 000 morts et déplacé deux millions de personnes au Nigeria, selon les Nations unies. Le groupe Boko Haram, ainsi que sa faction dissidente l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP), ont étendu leur influence aux pays voisins, transformant le lac Tchad en zone de tensions permanentes.

Pour lutter contre cette menace, le Nigeria, le Tchad, le Cameroun et le Niger avaient mis en place en 2015 une force multinationale mixte. Cependant, le Niger s’est retiré de cette coalition en 2025, compliquant davantage la coordination régionale.

Frappes du Tchad contre boko haram : bilan humain lourd pour les pêcheurs
Scroll to top