Niger Eveil

Média d'éveil citoyen pour le Niger, offrant une information rigoureuse, indépendante et engagée.

Niger Eveil

Média d'éveil citoyen pour le Niger, offrant une information rigoureuse, indépendante et engagée.

Gabon et UE : vers un nouveau cadre de pêche durable sous haute tension politique

Amorcée sous le signe du dialogue et de la redéfinition des rapports de force, la relance des négociations entre le Gabon et l’Union européenne pour un accord de pêche durable suscite déjà des réactions contrastées. Après des mois de tensions et la rupture temporaire du protocole en vigueur, Libreville et Bruxelles semblent désormais résolus à tourner la page d’un partenariat critiqué pour ses déséquilibres économiques et son manque de transparence. Mais quelles seront les conséquences concrètes de ce revirement stratégique pour les deux parties ?

Les coulisses d’une rupture négociée : pourquoi le Gabon a tourné la page

Le 4 juin 2025, le Gabon actait la fin d’un accord de pêche signé en 2021 avec l’Union européenne, dont le protocole venait à échéance le 28 juin 2026. Ce texte permettait à 33 navires européens de capturer des espèces thonières dans les eaux gabonaises, en échange d’une contrepartie financière annuelle de 1,6 million d’euros, complétée par les contributions des armateurs. Pourtant, cette manne s’est révélée insuffisante pour couvrir les besoins locaux en valorisation des ressources halieutiques et en lutte contre la pêche illégale.

Selon les autorités gabonaises, l’ancien accord privilégiait excessivement les intérêts européens, au détriment de la souveraineté économique du pays et de la création d’emplois dans le secteur. « Ce partenariat n’était plus aligné sur nos ambitions d’autonomie et de durabilité », a souligné un haut responsable du gouvernement, insistant sur l’urgence de repenser un cadre plus équitable. Une position qui a finalement convaincu le Conseil des ministres, réuni à Port-Gentil, de donner le feu vert à une renégociation dès septembre 2026.

Port-Gentil valide le cadre d’un nouveau partenariat : souveraineté et durabilité au cœur des priorités

Le Conseil des ministres gabonais a acté le 18 septembre 2026 plusieurs mesures clés pour lancer les discussions avec Bruxelles. Parmi elles :

  • La création d’une équipe nationale de négociation, dirigée par le ministre de la Pêche, de la Mer et de l’Économie bleue, Aimé Martial Massamba, chargé de défendre les intérêts gabonais ;
  • Un calendrier précis pour organiser plusieurs rounds de négociations, avec pour objectif affiché de parvenir à un accord d’ici mi-2027 ;
  • La notification officielle de la position gabonaise à l’Union européenne, formalisant ainsi les attentes de Libreville en matière de transferts de technologies, de formation des pêcheurs locaux et de garanties contre la pêche INN (illégale, non déclarée et non réglementée).

Cette stratégie s’inscrit dans une vision plus large du gouvernement, qui mise sur le développement d’une économie bleue durable pour booster l’emploi et la sécurité alimentaire. « Notre objectif n’est pas seulement de renégocier un accord, mais de poser les bases d’une coopération gagnant-gagnant », a déclaré le ministre Massamba, lors de la présentation des priorités de son département.

Bruxelles ouvre la porte à un accord « nouvelle génération » : quels changements à attendre ?

Côté européen, la volonté de dialogue semble également en marche. Dès juin 2026, Bruxelles avait fait savoir sa disponibilité pour discuter d’un partenariat de nouvelle génération, intégrant les revendications gabonaises. Une ouverture saluée par l’ambassadrice de l’UE au Gabon, Cécile Abadie, lors d’un entretien où elle appelait à privilégier les échanges constructifs : « Mon souhait est que nous puissions nous réunir rapidement pour aborder tous ces sujets de manière efficace et transparente. »

Cette approche conciliante contraste avec les craintes initiales d’un blocage prolongé. Elle reflète aussi une prise de conscience à Bruxelles : un accord déséquilibré risquerait de fragiliser la stabilité économique du Gabon, un partenaire stratégique en Afrique centrale. Ainsi, les futures discussions pourraient inclure :

  • Des clauses renforcées contre la pêche INN, avec un renforcement des contrôles conjoints ;
  • Des engagements financiers revus à la hausse, incluant des fonds dédiés à la modernisation de la flotte gabonaise et à la formation des pêcheurs ;
  • Des mécanismes de compensation locale, pour assurer une meilleure valorisation des prises sur le territoire national.

Quelles réactions dans la société gabonaise ? Les voix discordantes s’expriment

Si le gouvernement gabonais défend avec ferveur ce nouveau cadre, des acteurs de la société civile et des pêcheurs artisanaux expriment des réserves. Certains craignent que les concessions faites à l’UE ne réduisent encore davantage les marges de manœuvre locales, tandis que d’autres saluent une avancée nécessaire pour moderniser le secteur. « Nous attendons des actes concrets sur le transfert de technologies et la création d’emplois », a réagi un représentant des coopératives de pêche de Port-Gentil, sous couvert d’anonymat.

Parallèlement, les observateurs soulignent que ce revirement politique intervient dans un contexte où le Gabon cherche à diversifier ses partenariats économiques, notamment avec la Chine et la Russie, pour réduire sa dépendance à l’Europe. Une stratégie qui pourrait influencer les négociations à venir.

Un pari risqué ou une opportunité historique ?

Entre la pression pour une pêche durable et les enjeux géopolitiques régionaux, le Gabon se trouve à un carrefour. Le succès des négociations dépendra de sa capacité à concilier souveraineté halieutique et coopération internationale, sans sacrifier ni ses intérêts économiques ni ses engagements environnementaux. Une chose est sûre : les prochains mois seront décisifs pour écrire le nouveau chapitre de la relation entre Libreville et Bruxelles dans ce secteur.

Gabon et UE : vers un nouveau cadre de pêche durable sous haute tension politique
Retour en haut