Mali : qui est Iyad Ag Ghaly, chef djihadiste dont la tête est mise à prix ?
Le gouvernement du Mali a lancé un appel solennel aux populations : une récompense de 2 milliards de francs CFA est promise à quiconque fournira des informations menant à l’arrestation d’Iyad Ag Ghaly, figure majeure du djihadisme sahélien. Cette initiative s’inscrit dans un contexte marqué par des attaques récentes d’une rare intensité, coordonnées par des groupes armés opérant dans le Nord du pays.
Dans un communiqué diffusé par les médias d’État, le ministère malien de la Sécurité et de la Protection civile a détaillé les conditions de cette prime exceptionnelle. Sept responsables présumés de violences terroristes figurent désormais sur la liste des personnes recherchées, avec des montants variant selon leur niveau d’implication présumée dans les derniers événements sanglants.
Une mobilisation nationale contre le terrorisme
Le texte officiel précise que cette mesure vise à « encourager la participation citoyenne dans la lutte contre le terrorisme ». Les autorités ont identifié sept individus, dont les chefs de file présumés de mouvements armés actifs dans la région. Parmi eux, Iyad Ag Ghaly, leader du JNIM, se voit attribuer la prime la plus élevée, reflétant l’ampleur de la menace qu’il représente pour la stabilité nationale.
Les autres noms incluent des figures du Front de libération de l’Azawad (FLA) et du JNIM, avec des récompenses allant de 500 millions à 1,5 milliard de francs CFA. Cette stratégie s’ajoute aux mesures sécuritaires déjà déployées pour contrer les groupes armés qui multiplient les attaques depuis plusieurs mois.
Les cibles prioritaires et leurs profils
- Iyad Ag Ghaly (2 milliards FCFA) : chef historique du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Il est considéré comme l’un des principaux instigateurs des violences dans le Sahel.
- Amadou Koufa et Abdoulaye Mohamed (alias Habib) (1,5 milliard FCFA) : responsables de la katiba Macina, branche armée du JNIM opérant principalement dans le centre du Mali.
- Algabas Ag Intallah (1 milliard FCFA) : personnalité politique et militaire du Front de libération de l’Azawad (FLA), recherché pour son rôle dans les récentes offensives.
- Ghita, Bilal Chérif et Abderrahmane Al Banna (500 millions FCFA chacun) : trois autres responsables du FLA impliqués dans les attaques contre les forces de sécurité.
Cette décision intervient après les attaques simultanées de Kidal et Kati, qui ont causé la mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, en avril dernier. Ces événements ont marqué un tournant dans l’escalade de la violence au Mali, poussant les autorités à renforcer leur réponse face à la menace terroriste.
Iyad Ag Ghaly : un parcours marqué par la radicalisation
Né en 1958 à Boghassa (région de Kidal), Iyad Ag Ghaly est une figure complexe, à la fois chef de guerre touareg et djihadiste. Son parcours commence dans les années 1970, lorsqu’il s’engage aux côtés du colonel Kadhafi en Libye, participant à des conflits au Liban et au Tchad aux côtés d’autres Touaregs de sa génération.
De retour au Mali au début des années 1990, il fonde le Mouvement populaire pour la libération de l’Azawad (MPLA) et déclenche une rébellion contre l’État malien. Après une période de tensions, il signe un accord de paix en 1992, mais son engagement se radicalise progressivement.
Dans les années 2000, il se tourne vers l’islamisme et se rapproche du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), ancêtre de l’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). En 2012, il crée Ansar Dine, un groupe armé visant à imposer la charia dans le Nord du Mali. Cinq ans plus tard, il unifie plusieurs factions djihadistes sous la bannière du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), dont il prend la tête.
Selon des analystes du Timbuktu Institute, Iyad Ag Ghaly est aujourd’hui « l’homme le plus recherché du Sahel et une menace majeure pour le gouvernement malien ». Son organisation, le JNIM, est active au Mali, au Niger et au Burkina Faso, où elle mène des attaques régulières contre les forces armées et les civils.
Les experts soulignent un changement de stratégie ces derniers mois : plutôt que des affrontements directs, le JNIM privilégie désormais le blocage économique. En sabotant les infrastructures et en coupant les axes routiers, il cherche à asphyxier Bamako en privant la capitale de vivres et d’énergie. Son objectif ? Affaiblir le régime en place et provoquer son effondrement, sans nécessairement prendre le contrôle du pays.
Un mandat d’arrêt international a été émis contre lui par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis entre 2012 et 2013. Malgré cela, il reste introuvable, continuant de diriger ses troupes depuis des zones reculées du Sahel.
La prime offerte par le Mali marque une nouvelle étape dans la lutte contre le terrorisme, mais elle soulève aussi des questions sur l’efficacité des mesures actuelles et les moyens de contrer une menace qui ne cesse de s’étendre.