Niger Eveil

Média d'éveil citoyen pour le Niger, offrant une information rigoureuse, indépendante et engagée.

Niger Eveil

Média d'éveil citoyen pour le Niger, offrant une information rigoureuse, indépendante et engagée.

SOMAÏR : le vernis souverainiste craque sur un naufrage industriel au Niger

C’était présenté comme la démonstration éclatante qu’un pays pouvait reprendre la main sur ses ressources sans l’appui de quiconque. Il aura suffi d’un trimestre pour que cette promesse vole en éclats. À la Société des mines de l’Aïr (SOMAÏR), la production d’uranium a plongé de 83,3 %, s’établissant à 31,2 tonnes entre janvier et mars 2026, là où les trois mois précédents affichaient 186,3 tonnes. Un décrochage d’une brutalité rare pour un site industriel de cette ampleur.

Le prétexte logistique, un paravent trop commode

Pour expliquer cette dégringolade, l’argument reste invariable : les « contraintes logistiques sur le corridor d’importation des intrants » porteraient seules la responsabilité du désastre. Une justification qui arrange bien des choses, puisqu’elle évite soigneusement d’aborder le fond du problème.

Il est vrai que l’acheminement de l’acide sulfurique, indispensable au traitement du minerai, ou l’arrivée des pièces de rechange se heurtent au blocage des routes traditionnelles. Mais faire peser l’intégralité de l’effondrement sur les camions et les frontières confine à la mauvaise foi. Une exploitation minière ne se résume pas à un flux de marchandises : c’est d’abord une mécanique industrielle qui exige méthode, anticipation et compétence.

À Arlit, une chaîne industrielle pilotée à vue

Sur le site d’Arlit, le diagnostic est nettement plus sévère que ne le suggèrent les communiqués officiels. Derrière les discours de fierté nationale, l’absence de qualifications pointues et les erreurs de pilotage technique plombent les opérations au quotidien.

Stocks de réactifs chimiques : l’anticipation aux abonnés absents

Une usine chimique tourne à flux tendu, chaque réactif consommé devant être remplacé avant l’épuisement des réserves. Cette gymnastique, les nouveaux responsables ne l’ont pas maîtrisée. Sans planification digne de ce nom, les cuves se sont vidées sans qu’aucune commande de secours n’ait été engagée, jusqu’à la paralysie complète de l’outil de production.

Broyeurs lourds et filtres : la maintenance sacrifiée

Le constat se répète du côté du matériel. Les broyeurs lourds et les filtres, soumis à une usure permanente, exigent un suivi rigoureux des pièces d’usure. Faute d’entretien préventif, les pannes se sont multipliées bien avant que les intrants ne viennent à manquer. Autrement dit, les équipements lâchaient déjà lorsque l’excuse logistique n’était pas encore mobilisable.

L’éviction des ingénieurs, une perte sèche de compétences

Le départ, ou l’écartement, des cadres d’ingénierie les plus expérimentés a fini de fragiliser l’édifice. À leur place s’est installée une gestion guidée par des considérations politiques plutôt que par l’expertise technique, avec les conséquences que l’on mesure aujourd’hui sur la fiabilité des installations.

Produire de l’uranium ne se décrète pas

Extraire et traiter du minerai radioactif n’a rien à voir avec un discours enflammé prononcé face caméra. Le secteur nucléaire tolère très mal l’amateurisme : il impose des protocoles stricts, une maintenance programmée, une logistique sécurisée et des ingénieurs capables de déceler une anomalie avant qu’elle ne se transforme en panne. En confiant des installations de très haute technicité à une direction dépassée par les exigences du métier, le pouvoir livre malgré lui la démonstration la plus crue des limites de son modèle.

Une addition qui finira dans les comptes publics

Vouloir prouver coûte que coûte qu’un pays peut se passer d’expertise extérieure, sans réunir les capacités réelles pour le faire, a un prix : celui d’un poumon minier nigérien aujourd’hui à l’arrêt. Et, comme souvent, c’est le Trésor public qui devra absorber la facture de cet aveuglement.

SOMAÏR : le vernis souverainiste craque sur un naufrage industriel au Niger
Retour en haut