Catégories Actualités

Rencontre militaire Haiti-Bénin à Cotonou : un nouveau chapitre pour la sécurité régionale ?

Écouter la lecture⏱ ~5 min

Cotonou, 3 novembre 2026 – La coopération militaire entre Haïti et le Bénin pourrait-elle franchir une nouvelle étape ? Le déplacement du chef d’état-major des Forces armées d’Haïti (FAd’H), le lieutenant-général Derby Guerrier, dans la capitale béninoise, s’inscrit dans un contexte où les enjeux sécuritaires haïtiens et les engagements passés du Bénin redéfinissent les perspectives d’alliance. Reçu ce mardi 3 novembre 2026 par son homologue béninois, le général Fructueux Gbaguidi, le haut responsable haïtien consacre cette visite à des échanges stratégiques axés sur des solutions opérationnelles.

Une visite militaire sous le signe de l’urgence sécuritaire haïtienne

Cette rencontre intervient alors qu’Haïti fait face à une crise sécuritaire sans précédent. L’intensification des violences, l’affaiblissement des institutions et l’incapacité des forces nationales à rétablir l’ordre sur l’ensemble du territoire constituent des défis majeurs pour les autorités haïtiennes. Dans ce cadre, le renforcement des capacités militaire et la recherche de partenariats solides deviennent des priorités absolues.

Le lieutenant-général Derby Guerrier a ainsi l’opportunité de discuter avec le général Fructueux Gbaguidi des pistes pour renforcer la coopération bilatérale. Ces échanges, bien que protocolaires en apparence, ouvrent un dialogue essentiel entre deux armées confrontées à des réalités sécuritaires complexes.

Le précédent béninois de 2024 : un engagement encore en suspens

La visite prend une dimension particulière au regard d’un engagement antérieur du Bénin. En février 2024, le président Patrice Talon avait annoncé la disponibilité de Cotonou à contribuer aux efforts internationaux de stabilisation en Haïti. Le Bénin avait proposé d’envoyer un contingent de 1 500 militaires et personnels de sécurité, avec une possibilité d’augmenter cet effectif à 2 000.

Cette offre s’inscrivait dans le cadre de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), dirigée par le Kenya et autorisée par le Conseil de sécurité des Nations unies. Pourtant, malgré cette volonté affichée, le déploiement effectif des troupes béninoises n’a jamais abouti. Plusieurs obstacles ont été soulevés, notamment sur la répartition des commandes, les modalités de financement et les conditions d’engagement des contingents.

Le général Gbaguidi, lors de cette rencontre, peut ainsi réaffirmer ou réévaluer l’intérêt d’un tel engagement, en tenant compte des leçons tirées de cette expérience passée.

Un échange stratégique au-delà des promesses

Les discussions entre les deux chefs d’état-major ne se limitent pas à la question haïtienne. Elles s’étendent à des domaines clés comme la formation militaire, le renforcement des capacités opérationnelles, le partage de renseignement et l’adaptation des stratégies de défense face aux nouvelles menaces.

Le Bénin, engagé dans la lutte contre le terrorisme au nord du pays, connaît des défis similaires à ceux rencontrés par Haïti. Les Forces armées béninoises modernisent leurs équipements, optimisent leurs moyens logistiques et renforcent leur coordination opérationnelle. Cette expertise pourrait apporter une valeur ajoutée significative aux FAd’H, en quête de moyens pour mieux lutter contre les gangs armés et restaurer la stabilité.

Les pistes de coopération identifiées

  • Formation et partage d’expertise : des programmes ciblés pourraient être mis en place pour former les militaires haïtiens aux tactiques anti-terroristes et aux techniques de contre-insurrection.
  • Renseignement et cyberdéfense : le renforcement des capacités de collecte et d’analyse des renseignements constitue un axe prioritaire pour les deux armées.
  • Logistique et soutien opérationnel : l’optimisation des chaînes d’approvisionnement et des moyens de transport pourrait améliorer la réactivité des forces armées.

Haïti et le Bénin : un partenariat Sud-Sud en construction

Cette visite s’inscrit également dans une dynamique plus large où Haïti cherche à diversifier ses alliances stratégiques. Les liens historiques entre Port-au-Prince et les pays africains, notamment par le biais de la diaspora, créent un terreau favorable à une coopération renforcée.

Une collaboration Sud-Sud, fondée sur le partage des compétences et l’adaptation des réponses aux défis locaux, pourrait offrir des solutions plus durables qu’une dépendance exclusive aux partenariats traditionnels avec l’Occident.

Reste à savoir si les discussions de Cotonou aboutiront à des engagements concrets. À ce stade, aucun calendrier ni accord formel n’a été annoncé. Cependant, la simple relance du dialogue entre les deux armées marque un pas important vers une possible coopération militaire opérationnelle.

Quel que soit l’aboutissement de cette visite, elle confirme la volonté des deux pays de renforcer leur collaboration. Le véritable défi résidera dans la transformation de cette volonté politique en actions tangibles sur le terrain.

Suivre l'actualitéRecevez les nouveaux articles dans votre lecteur de flux préféré